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QUESTION D'ACTU

Régimes, obésité

Le Dr Pierre Dukan s'explique

Quinze millions de femmes ont suivi son régime hyperprotéiné mais la communauté médicale le boude. Souvent au centre de polémiques, le Dr Pierre Dukan donne sa vision et sa façon de combattre l'obésité.

Le Dr Pierre Dukan s\'explique

  • Publié 02.09.2012 à 06h00
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"J'ai une mission". L'homme qui parle s'appelle Pierre Dukan. Médecin généraliste de formation, nutritionniste, son ambition est de faire maigrir la planète. Mais ce n'est pas dans un cabinet médical qu'il s'attaque à ce fléau mondial mais bien sur la place publique. Résultat, dix livres à son compteur et 11 millions d'ouvrages vendus dans le monde. En Italie, en Russie, aux Etats-Unis, son régime hyperprotéiné est un best-seller. Et bien sûr en France. On dit même qu'un candidat heureux à l'élection présidentielle a suivi les conseils du bon Dr Dukan. Voilà pour le côté pile.
Pour le côté face, le pape des kilos en moins dérange. Hier, il proposait de mettre une option poids au bac; récemment, il évoquait dans un journal anglais l'obésité comme "un problème mental".  Si la polémique n'est pas le ressort de sa motivation, elle en devient l'objet tant ses propositions sont iconoclastes. L'homme paraît même s'étonner de tels battages. Mais ce ne sont pas quelques accidents de parcours qui vont le dérouter de sa voie...royale.
PhB 


Ecoutez l'intégralité de l'entretien avec le Dr Pierre Dukan




pourquoidocteur  Vous avez déclaré dans un journal anglais, à propos de l ‘obésité, qu’il s’agissait d’ « un problème mental ». Qu’est-ce que vous avez vraiment voulu dire ?
Dr Pierre Dukan. Avant 1944, il n’y avait pas de groupe constitué de personnes en surpoids en France. En 1960,  il y en avait un demi-million et aujourd’hui on est 22 millions et demi dont 6 millions d’obèses. Donc, il y a un point de départ. Que s’est-il passé ? Mon opinion, c’est qu’à la fin de la guerre en 1944, on a signé des accords de Bretton Woods qui nous ont mis en religion de croissance.
Les trente glorieuses ont instauré un nouveau mode de vie avec des incitations positives à la consommation et des incitations négatives à oublier le fondement naturel de l’épanouissement humain qui est inscrit en nous. La grande machine de la production et de la consommation a déstabilisé les sources de bonheurs naturels. Or, la consommation, c’est une jouissance passagère, éphémère. Donc, ça a perturbé le moteur individuel. L ‘individu a été un peu sacrifié à la société, comme l’abeille et la ruche.

On vous a reproché de dire "problème" et non maladie et d’y ajouter "mental" en parlant d’obésité...
Dr P.D. Quand vous vous trouvez dans une pièce froide, vous allez vers le radiateur. Pour beaucoup de gens aujourd’hui, le radiateur, c’est l’alimentaire. Dans toutes les sociétés actuelles, les gros se trouvent chez les pauvres et dans les classes défavorisées. Le surpoids est bâti sur du comportemental et du sociétal mais que fait l’individu malheureux qui cherche l’épanouissement, il mange d’avantage. Et ça c’est mental.

Vous dîtes donc que le problème mental est la conséquence de l’obésité et non pas la cause ?
Dr P.D. Oui ! Si vous voulez. Pour moi la cause est sociétale. La prise de poids est un signal que quelque chose ne va pas chez l’individu, qu’il y a un agacement, une insuffisance, un manque, un vide qui se comble en mangeant.

Et la composante génétique ?
Dr P.D. Oui, il y a une part génétique. D’après les généticiens, elle se situerait autour de 25% et elle est maîtrisable, on peut s’adapter. Mais ce qui est difficile, c’est la souffrance. Quand vous êtes en souffrance, vous cherchez de la gratification. Vous allez vers les aliments chauds, le sucre,  les gâteaux, le chocolat, tout ce qui donne des sensations fortes et  addictives. Le sucre fonctionne sur le système de la récompense mentale. C’est une forme de dépendance comme l’est la drogue. Manger du sucre impose une décharge d’insuline. Cette décharge  va inciter le corps à stocker.
Mais la prise de poids est un signal que quelque chose ne va pas chez l’individu, qu’il y a un agacement, une insuffisance, un manque, un vide qui se comble en mangeant.

En janvier dernier, vous avez écrit aux candidats à l'élection présidentielle pour leur proposer d'instaurer une option poids au bac. C’était une provocation  ou une façon d'ouvrir le débat ? 

Dr P.D C’est très difficile d’instaurer une vraie lutte contre le surpoids parce qu’il y a des lobbies très importants et efficaces. Dans cette lettre, je disais que si on ne peut pas agir contre les lobbies, faisons de la France le pays dans le monde qui vende son savoir-faire en matière de lutte contre le surpoids.
Je pensais que c’était une mesure simple. Après on m’a dit : « Dukan veut faire maigrir les gens pour leur donner un examen ». Mais pas du tout : vous avez un poids normal, vous aimeriez que votre enfant finisse avec un poids normal. Il  y a 16 % des adolescents qui pendant ces deux ans, deviennent gros. Je regrette que des gens l’aient mal entendu.

Avec votre notoriété, ce que vous dites a de l’importance aux yeux des gens. En avez-vous conscience ?
Dr P.D Oui, oui, j’ai conscience de ça, et j’ai une responsabilité, c’est pour ça, j’ai été très meurtri qu’on m’attaque sur ce sujet. Je pense en fait que cette proposition  a été mal prise parce qu’elle était trop efficace.

L’enquête Nutrinet  montre que même lorsqu’elles ont un poids jugé normal par les médecins, 58 % des femmes aimeraient perdre du poids. Avec vos conseils, vous les incitez, quand même, à perdre quelques kilos …

Dr P.D Non, je pense que non, je ne les incite pas. Moi, je suis placé devant un problème : j’ai six millions et demi d’obèses en France, qui vont vivre neuf ans de moins que les autres. Que les enfants écoutent bien ce qui va arriver à leurs parents. Ils  vont passer les 10 dernières années de la vie à se soigner d’une sale maladie : diabète, cancer lié au surpoids, maladie cardiovasculaire. Je préfère donner des outils à un obèse, quitte à ce que quelqu’un qui a un poids médicalement normal s’en serve pour perdre 3, 4, 5 kilos.

Vous est-il arrivé de dire à des patientes qu'elles n'avaient pas besoin de maigrir ?
Dr P.D Oui, très souvent, d'ailleurs je les envoie à des confrères psychiatres. Elles ont une très mauvaise image d'elles. 

Quel sera le thème de votre prochain ouvrage ?
Dr P.D Il va sortir à la fin de l'année, il s'appelle "Carnet de bord". C'est l'histoire d'une personne qui a dix kilos à perdre en 60 jours. Chaque jour, je suis avec elle pour remplir les colonnes sur la motivation, les écarts, l'activité physique, la nourriture, le panier d'achat, les recettes et une colonne pour le journal personnel.

 

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