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QUESTION D'ACTU

Complications, rechute, supplémentation

Chirurgie bariatrique : un opéré sur deux n'est pas suivi

ENQUÊTE - D’ici 2020, 500 000 Français devraient avoir subi une chirurgie de l’obésité. Les bienfaits de cette intervention dans l’obésité et les maladies associées ne sont plus à démontrer. Des efforts restent à faire dans le domaine du suivi à long-terme : près d’un patient sur deux est perdu de vue.

Chirurgie bariatrique : un opéré sur deux n'est pas suivi Audrey Vaugrente/Pourquoidocteur

  • Publié 18.05.2015 à 08h00
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La chirurgie bariatrique modifie l’organisme en profondeur. Que la technique soit restrictive ou malabsorptive, elle implique une altération à vie du système digestif. C’est pourquoi un suivi à long terme est nécessaire. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) souligne que cette surveillance doit durer toute la vie. La première année suivant l’intervention, quatre rendez-vous sont nécessaires, puis un à deux chaque année.

Malgré le besoin d’un suivi strict, de nombreux patients finissent par être perdus de vue. Presque un sur deux finit par quitter le système de soins. Un réel problème puisque, d’ici 2020, un demi-million de Français auront bénéficié de cette intervention. « La crainte, c’est qu’on se retrouve avec de plus en plus d’opérés qu’il faudra suivre, analyse Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif National des Associations d’Obèses (CNAO). On devrait être obligé d’avoir un registre des opérés, un personnel formé. Ce n’est pas le cas. On n’a pas de règles nationales qui précisent qui fait quoi, comment s’organiser… »

Mieux éduquer les patients

Comment expliquer que le suivi pèche autant ? Les raisons tiennent autant aux patients qu’aux médecins. Du côté des opérés, la reprise de poids est fréquente : 20 % d’entre eux reprennent une part non négligeable de leur poids 5 ans après l’intervention. « Les patients ressentent parfois de la culpabilité, ils peuvent avoir peur de se confronter à nouveau à l’équipe multidisciplinaire », analyse le Pr François Pattou, chef du service de chirurgie générale et endocrinienne au CHRU de Lille (Nord).

En fait, les patients sont acteurs à part entière de leur prise en charge. « On ne peut pas les suivre s’ils ne veulent pas être suivis, souligne François Pattou. Il est vrai qu’une patiente obèse qui a perdu beaucoup de poids n’a peut-être pas très envie de revenir dans la médecine, elle se sent soulagée en partie de son problème. » C’est pour cette raison que, dès les consultations pré-opératoires, les patients doivent être informés des exigences après l’intervention. Mais aujourd’hui, ils sont trop peu éduqués, déplore Anne-Sophie Joly.

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Anne-Sophie Joly, présidente du CNAO : « On a des patients pas ou trop peu éduqués. L’acte opératoire, c’est 5 % de la réussite de la vie après. Si vous faites du 4X4 avec une 2CV, elle ne tiendra pas longtemps. »

 


Pour renforcer le suivi post-opératoire, l’éducation thérapeutique ne suffit pas. Anne-Sophie Joly milite pour la mise en place d’infirmières de coordination qui suivent les opérés et fassent le lien entre les différents professionnels de santé. Une profession qui devrait être doublée d’un carnet de bord.« La santé doit avancer avec les nouvelles technologies », martèle la présidente du CNAO. L’e-santé peut s’intégrer de manière logique au suivi post-opératoire. C’est une approche que tente Sylvie Gueroult, spécialiste de la chirurgie digestive à la clinique Geoffroy-Saint-Hilaire (Paris).

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Dr Sylvie Gueroult, spécialiste de la chirurgie bariatrique : « On développe des plateformes. On demande au patient de s’y connecter et de donner des nouvelles régulières. »
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Les complications, une préoccupation à long terme

Dans le cadre de la chirurgie bariatrique, le suivi doit être très strict. La première raison, c’est la supplémentation systématique en vitamines, calcium, fer… En effet, la chirurgie peut induire des carences sévères.

Mais les complications sont aussi très surveillées par les médecins. Outre les traditionnelles « ruptures » communes à toute intervention, des symptômes neurologiques existent. Certaines surviennent des mois, voire des années, après l’opération et sont liées aux carences en micronutriments. Sans compter que, sur le très long terme, les effets de la chirurgie de l’obésité sont encore méconnus.

 

Améliorer la prise en charge post-opératoire

En plus des patients qui sortent du système de soins, les médecins eux-mêmes (nutritionnistes, chirurgiens, psychologues) sont débordés par le nombre de patient à suivre. Avec 47 000 interventions en 2014, « les chirurgiens n’ont ni le temps, ni les compétences nécessaires pour suivre seuls ces patients, souligne un rapport de l’Académie nationale de chirurgie. Les nutritionnistes ne sont pas en nombre suffisant et insuffisamment rétribués pour des consultations nécessairement longues mais ne nécessitant que peu d’actes techniques. » Le suivi, lui, est plutôt mal remboursé, ce qui est paradoxal.

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Pr François Pattou, chirurgien au CHRU de Lille : « La chirurgie s’est développée plus qu’ailleurs parce qu’elle était pries en charge. Une mesure efficace serait de prendre en charge le suivi. »

 


La clé d’un bon suivi passe peut-être par les groupes de parole. A la clinique Geoffroy-Saint-Hilaire (Paris), l’équipe de spécialistes a mis en place un groupe d’échange entre patients qui seront opérés et ceux qui ont déjà subi l’intervention. Il permet notamment de comprendre pourquoi rester en lien avec ses chirurgiens est important. C’est également ce que propose régulièrement Anne-Sophie Joly.

 

Lisez la suite de notre enquête : 

- Chirurgie bariatrique : les indications doivent évoluer

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