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Harcèlement à l’école : un impact plus grave que la maltraitance

Les séquelles que gardent les élèves harcelés à l’école par leurs pairs seraient similaires, voire plus graves, que celles que conservent les enfants maltraités par des adultes.

Harcèlement à l’école : un impact plus grave que la maltraitance ISOPIX/SIPA

  • Publié 29.04.2015 à 07h00
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  • Mise à jour le 29.04.2015 à 09h28
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« J’en pouvais plus. J’allais à l’école avec une grosse boule au ventre. Je faisais des crises d’angoisse dès le matin, à la première heure, puis deux à trois fois par jour. En cours, j’étais mal, je pleurais, à la récréation, je me cachais sous les escaliers… A cause des crises, j’allais tout le temps à l’hôpital. C’était horrible ».

A 19 ans, Marnie a vécu un supplice. Harcelée de la primaire jusqu’à ses 16 ans, du matin au soir, et tous les jours de sa vie d’élève. A l’époque, la jeune fille habitait à Bourg Saint-Maurice, dans l’Isère. « Vous savez, là où il y a eu Mattéo… », précise-t-elle. Mattéo, 13 ans, a été retrouvé pendu dans sa chambre le 8 février 2013. Victime du harcèlement scolaire, lui aussi. Marnie, elle, échappera à ses bourreaux en se déscolarisant.

Des séquelles profondes

Des milliers d’enfants sont harcelés en permanence dans les cours de récréation des écoles primaires, des collèges et des lycées. Le phénomène commence à peine à sortir de l’ombre, à travers les témoignages de ces jeunes, qui en ont déjà tant vu pour leur âge. Si la plupart parviendront à surmonter ces épreuves au fur et à mesure de leur vie d’adulte, tous risquent en revanche d’en garder de profondes séquelles.

En effet, la communauté scientifique s’est penchée sur les conséquences psychiques du harcèlement à l’école. Plusieurs études viennent d’être publiées, et permettent de prendre conscience de cet impact, très fortement sous-estimé pendant des décennies.

Anxiété, dépression, automutilation

L’une d’entre elles a été publiée dans la revue The Lancet. Menée sur 5446 adolescents, elle montre qu’avoir été harcelé à l’école expose les victimes à des séquelles plus graves encore que celles laissées par la maltraitance des enfants. Ainsi, à l’âge de 18 ans, un adolescent harcelé par ses pairs aurait cinq fois plus de risques de développer de l’anxiété et deux fois plus de risques de s’automutiler, qu’un enfant maltraité par des adultes (violé, battu, ou malmené).

« Jusqu’ici, les gouvernements ont concentré leurs efforts et leurs ressources sur la maltraitance au sein de la famille plutôt que sur le harcèlement scolaire, expliquent les auteurs de l’étude. Or, il est clair que les enfants et adolescents harcelés à l’école ont des troubles psychiques similaires, voire plus sévères, lorsqu’ils grandissent. Des efforts doivent être faits pour corriger ce déséquilibre. Il est vital que les écoles et les systèmes de santé travaillent ensemble pour que cesse le harcèlement. »

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A l’école de l’impuissance

La solution dépend effectivement de la capacité à dépister et prendre en charge les élèves harcelés. Mais les établissements scolaires, qui devraient jouer le rôle de lanceurs d’alerte, semblent impuissants à repérer ces cas pourtant très répandus. Faute de moyens, d’informations, et peut-être de volontarisme, les assistants sociaux et les infirmiers scolaires sonnent trop rarement l’alarme.
« Tout le monde savait, mais personne ne faisait rien… », regrette Marnie. Quant à la déscolarisation, souvent proposée, elle s’apparente davantage à une rustine qu’à une réelle réponse aux souffrances des victimes.

Ecoutez...
Marnie, 19 ans, victime de harcèlement scolaire : « En étant descolarisé, on se retrouve très isolé. Je n'avais plus d'enseignant, je ne voyais plus de jeunes... »

 

Repérer les principaux signes

Les médecins traitants ont eux aussi leur rôle à jouer, eux qui sont menés à rencontrer ces jeunes. « Je ne suis pas sûr qu’ils savent repérer les principaux signes par lesquels se manifeste une victime de harcèlement, s’interroge le psychiatre Xavier Pommereau, spécialiste des adolescents suicidaires. Pourtant, ils ne doivent pas hésiter à poser des questions. Il faudrait qu’il y ait davantage d’information sur ce phénomène, tant auprès des médecins que des enseignants ».

Mais les médecins ne peuvent à eux seuls absorber la responsabilité du silence qui entoure ces souffrances. En effet, on peut imaginer que des jeunes en bonne santé se rendent rarement chez leur généraliste, si toutefois ils en ont un. En outre, recueillir leurs confidences implique d’avoir du temps lors des consultations… ce dont les médecins manquent bien souvent.

Ecoutez...
Xavier Pommereau, psychaitre, spécialiste des adolescents suicidaires : « Il faut s'interroger de manière très précise sur l'apparition de phobies scolaires chez l'enfant. »


C’est un fait : la réponse au harcèlement ne peut qu'être collective. Le gouvernement en est conscient, lui qui a lancé un plan national de lutte contre ce phénomène. Les mesures consistent à former les enseignants pour qu'ils détectent mieux ces pratiques et leurs victimes. Un prix « Mobilisons-nous contre le harcèlement » a été créé afin d'inciter les élèves à faire de la prévention, en dessinant par exemple. En espérant que ce plan porte ses fruits.

 

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