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QUESTION D'ACTU

Etude canadienne

Papillomavirus : vacciner aussi les garçons

Pour lutter contre le papillomavirus et ses dégâts, vacciner les garçons permettrait de faire des économies substantielles, selon une étude menée au Canada.

Papillomavirus : vacciner aussi les garçons FRANCES M. ROBERTS/NEWSCOM/SIPA

  • Publié 13.04.2015 à 06h30
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  • Mise à jour le 14.04.2015 à 18h33
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Le vaccin contre le papillomavirus est disponible en France depuis 6 ans. Indiqué chez la jeune fille, à partir de 9 ans, il permet de protéger contre ce virus favorisant notamment la survenue d'un cancer du col de l'utérus.
Mais il pourrait aussi s'avérer utile chez le garçon dans une autre forme de cancer, celui de l'oropharynx. Le vaccin HPV est encore peu autorisé dans ce sens. 

Sur le plan économique, il y a pourtant un réel intérêt à vacciner les garçons. Des chercheurs du Princess Margaret Cancer Centre (Toronto, Canada) ont modélisé l’impact d’un remboursement de cet acte préventif. Sur une population de 192 000 garçons de 12 ans, il permettrait d’économiser 8 à 28 millions de dollars canadiens (5,9 à 20,9 millions d’euros), expliquent-ils dans la revue Cancer.

 

78 % des cancers associés au HPV

Les cancers oro-pharyngés représentent 78 % des cancers associés au papillomavirus. C’est la progression de ces derniers cancers qui a encouragé 5 pays – la Suisse début mars, mais aussi l'Autriche, l'Australie, les Etats-Unis – à recommander la vaccination HPV aux garçons. Le Canada, où a été réalisée l’étude, a également franchi le pas. 
L’équipe du Princess Margaret Cancer Centre a réalisé une revue de la littérature. Les données concernant les cancers ORL chez l’homme, les dépenses de santé qu’ils occasionnent et l’efficacité du vaccin ont été rassemblées. Les chercheurs ont utilisé une cohorte théorique de 192 940 garçons, âgés de 12 ans en 2012.

 

Leur modèle statistique révèle qu’avec une couverture vaccinale de 70 %, et un vaccin efficace à 99 %, la vaccination permettrait une économie de 145 dollars canadiens par individu (108 euros). La fourchette basse – avec une couverture de 50 % et une efficacité de 50 % - table sur une économie de 42 dollars (31 euros) par personne. Elargis à la cohorte, les économies varient entre 8 et 28 millions de dollars. S’y ajoute, selon les chercheurs, l’effet de protection de masse induit par la vaccination des filles. En effet, des études ont démontré qu’elle permettait de réduire l’incidence des verrues génitales (condylomes) chez les hommes, y compris homosexuels.

« Dans l’idée que le vaccin marche aussi chez le garçon, on a les éléments. Dans l’idée que ça puisse être coût efficace, il n’y a pas beaucoup de doute, estime Robert Cohen. Le prix affiché sur la boîte n’a rien à voir avec le prix réel pour la santé publique. Pour cela, il faut des taux de couverture conséquents, qui dépassent 60 %. »

 

Compléter la vaccination féminine

Recommandée dans 5 pays, la vaccination masculine contre le papillomavirus reste controversée. Aucun des Etats concernés ne rembourse le vaccin, ni ne l’inclut dans les programmes de vaccination nationaux. « Au début, on voulait être sûr que ce vaccin était efficace. Les premières démonstrations ont été de prévenir l’infection à HPV, rappelle le Pr Cohen. Aujourd’hui, la preuve de prévention du cancer n’est pas là, puisqu’il faut attendre 25 ans. » C'est pourquoi la protection contre les cancers oropharyngés n'a pas encore été démontrée.

 

Mais surtout, en France, le vaccin HPV jouit d'une mauvaise réputation. « Les réticences viennent du fait qu’on a raté la vaccination chez la fille, analyse Robert Cohen. La vraie difficulté ne vient pas de se demander : si on vaccinait une proportion importante de la population, est-ce que ce serait efficace et coût efficace ? La réponse est oui, sans l’ombre d’un doute. La question est : si on n’arrive déjà pas à vacciner les filles, comment l’obtenir chez le garçon ? »

 

La vaccination masculine peut toutefois compléter celle des filles, qui est encore largement insuffisante en France (10 %). « Comme on n’arrivera pas à vacciner toutes les filles, il vaudrait mieux vacciner 60 % des garçons et 60 % des filles que de viser 90 % de couverture chez les filles », conclut Robert Cohen. Reste à convaincre la population de se faire vacciner plus largement. Un problème auquel les autorités sanitaires n'ont pas encore trouvé de solution.

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