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Triheptanoïne

Maladie de Huntington : sur la piste d’un traitement prometteur

Un nom barbare porteur d’espoir. La triheptanoïne, un triglycéride, pourrait devenir un traitement de la maladie de Huntington. Elle agit sur un dysfonctionnement énergétique caractéristique.

Maladie de Huntington : sur la piste d’un traitement prometteur

  • Publié 09.01.2015 à 07h00
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Espoir de traitement dans la maladie de Huntington. Un triglycéride, la triheptanoïne, aide à réguler la façon dont le cerveau transforme les molécules (métabolisme énergétique). Une équipe de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM) décrit sa découverte dans Neurology.

 

5000 personnes malades

La maladie de Huntington est une affection génétique et héréditaire. En France, elle touche environ 5 000 personnes. Les premiers signes se manifestent tôt (30-50 ans). La mutation du gène codant la protéine huntingtine provoque une dégénérescence progressive des neurones, particulièrement dans les régions contrôlant le mouvement. Les symptômes affectent principalement la cognition, la motricité, mais s’observent aussi sur le plan psychiatrique. Jusqu’ici les traitements ne peuvent qu’apaiser ces symptômes.

 

Outre les signes neurologiques de la maladie, les patients présentent aussi un perte de poids dès le stade précoce, alors même que certains ont un régime hyper-calorique. Cette particularité a mis la puce à l’oreille des chercheurs de l’ICM : et si les symptômes étaient la conséquence d’un défaut énergétique chez le patient ? Pour tester cette hypothèse, l’équipe française a scruté le cerveau de 9 personnes atteintes de la maladie de Huntington et 13 volontaires en bonne santé. L’objectif : mesurer les fluctuations énergétiques dans le cerveau et observer les particularités de la maladie. 

 

Un dysfonctionnement énergétique avéré

Les participants ont effectué un « effort » cérébral simple : regarder un damier rouge et noir clignotant pendant quelques minutes. Cela stimule leur vision et l’aire visuelle du cerveau, ce qui induit une production d’énergie. Dans le même temps, une spectroscopie par résonance magnétique nucléaire (RMN) a été réalisée. « C'est comme une imagerie, sauf qu'il n'y a pas d'acquisition d'image. On mesure sans prélèvement la concentration de composés dans le cerveau. Là, on se concentre sur les métabolites (composés issus de la transformation d'une molécule, ndlr) qui renseignent sur l'activité cérébrale, ici dans les aires de la vision », explique Fanny Mochel, coordinatrice des recherches contactée par pourquoidocteur. Chez les patients, le métabolisme énergétique est altéré et moins de métabolites sont produits.

 

Le dysfonctionnement énergétique est donc avéré dans la maladie de Huntington, puisque ces résultats confirment des travaux menés en 2012 par la même équipe. 

« Avoir un marqueur, c'est déjà énorme, encore plus dans de petits échantillons », souligne Fanny Mochel. « Qu'il soit reproductible est une agréable surprise. »

 

Efficace sur le métabolisme énergétique

Reste à trouver un traitement de la maladie de Huntington. L’équipe de l’ICM ouvre une piste prometteuse avec la triheptanoïne, un triglycéride qui se présente sous forme d’huile à consommer pendant les repas. Elle est déjà utilisé dans d’autres maladies rares qui se caractérisent par l’incapacité à utiliser certains lipides. Le traitement consiste à corriger le dysfonctionnement énergétique en apportant des métabolites capables de le ré-enclencher. Mais jamais il n’avait été testé dans une pathologie affectant le cerveau.

 

10 patients malades ont pris part à un essai clinique pilote évaluant l’effet d’un tel traitement. Ils ont consommé, pendant un mois, 6 cuillères à soupe de triheptanoïne par jour. Là encore, les participants ont participé à des séances d’imagerie avant et après le traitement. Et la triheptanoïne fonctionne, puisqu’à la fin de l’étude le profil énergétique des patients était normalisé. Les chercheurs ont même observé une diminution des dysfonctionnements moteurs. « Dans l'amélioration des symptômes moteurs, on ne peut pas exclure un possible effet placebo. Mais la réponse est très encourageante », conclut tout de même Fanny Mochel. « On sait quelque chose. La question est : est-ce que cela suffit pour ralentir la progression de la maladie ? »

 

Le lancement d’une étude en double aveugle est prévu pour le début de l’année en France et aux Pays-Bas. Une centaine de patients devraient tester le traitement pendant six mois en deux groupes puis un an pour tous. Et si elle se montre prudente, Fanny Mochel reste enthousiaste : « Il est assez rare qu'un tel test donne de tels résultats. Nous sommes convaincus que cela peut aider. La question sera de savoir quel type de patient et dans quelle mesure.  »

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