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QUESTION D'ACTU

Médicaments, activité physique, alimentation

Journée mondiale du diabète : comment vivre avec au quotidien

ENTRETIEN - 30 à 50 % des diabétiques oublient souvent leur traitement ou qui n'appliquent pas les conseils d'hygiène de vie. Deux médecins expliquent comment les remotiver. 

Journée mondiale du diabète : comment vivre avec au quotidien PureStock/SIPA

  • Publié 15.11.2014 à 09h28
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Elle est souvent décrite comme une « épidémie silencieuse. » Il s’agit de l’épidémie du diabète - principalement de type 2 - qui touche près de 3 millions de Français. Cette maladie chronique a de lourdes conséquences à long terme si elle n’est pas traitée : rétinopathie diabétique, pied du diabétique, infarctus… Pourtant, 30 à 50 % des diabétiques oublient régulièrement de prendre leur traitement selon l’Assurance maladie. Et nombreux sont ceux qui n’appliquent pas à la lettre les règles hygiéno-diététiques qui permettent d’inverser la tendance. A l’occasion de la Journée mondiale du diabète, pourquoidocteur fait le point sur les moyens de vivre avec son diabète. Entretien avec les Dr José Clavero et Philippe Benard, médecins généralistes à Paris (15e) et à Lardy (Essonne).

 

Le diabète a augmenté de 3,6 % entre 2010 et 2012, il est en hausse constante depuis 2006. Il se manifeste souvent après 40 ans, le vieillissement démographique est donc le coupable tout désigné. L’épidémie de diabète est-elle inexorable ?

Dr Philippe Benard : L’évolution semble difficile à contenir. Je pense que c’est un problème mondial, pas seulement français ou occidental. Pour moi, la principale cause reste l’évolution des façons de s’alimenter. 

 

Dr José Clavero : Il y a deux types de diabètes : celui qui se manifeste dans l’enfance, le diabète de type 1, et le diabète « gras » de l’obésité ou de la cinquantaine. Plus vous avancez en âge, plus vous êtes sédentaire, moins vous êtes actifs et plus vous avez de risque de développer un diabète. Il est de plus en plus fréquent; le mode de vie, de la consommation alimentaire et de boissons sucrées mais aussi la sédentarité font qu’il y a de plus en plus de gens dépistés et diagnostiqués diabétiques.

 

De nombreux patients se montrent assez peu observants par rapport au traitement, mais surtout aux règles d'hygiène (équilibre alimentaire, activité physique). Que peut-on faire pour les remobiliser ?

Dr José Clavero : Il faut qu’il y ait une bonne communication entre le médecin généraliste et son patient, bien lui expliquer ce qu’on recherche, les objectifs à atteindre. La discussion doit être claire : si on ne fait rien pendant 10 ans, il ne va rien se passer; mais au bout de 10 ans, on risque d’avoir des problèmes cardiaques, des problèmes ophtalmologiques, des risques coronariens. Il faut que le patient conçoive ce type de complications possibles pour qu’il soit motivé à se prendre en charge et accepter les règles hygiéno-diététiques.

 

Dr Philippe Benard : La première chose, c’est de s’assurer un minimum de prescriptions, notamment l’hémoglobine glyquée, qui permet de suivre l’évolution d’un diabète chez quelqu’un qui est traité. Les recommandations actuelles sont d’en faire une tous les trois mois, ou au minimum trois par an. Déjà ça, on a du mal à l’obtenir de tous les patients diabétiques. On a du mal à faire en sorte qu’ils restent toujours vigilants.

 

Dr José Clavero : L’éducation thérapeutique commence à voir le jour, c’est-à-dire comment prendre en charge sa maladie et sa nouvelle personne. Mais elle est surtout développée dans les hôpitaux, et pas tellement dans le monde ambulatoire. 

 

Une mauvaise observance lourde de conséquences

Dr Philippe Benard : Les enjeux sont essentiellement économiques. J’ai un patient typique du problème : un homme d’une soixantaine d’années qui était diabétique et avait un traitement. Un jour, il vient au cabinet et me dit : « Docteur, il me faut une pommade pour mes orteils. » Je regarde ses orteils et je lui réponds : «  Ce n’est pas une pommade que je vais vous donner. Je vous fais un bon de transport et on va à l’hôpital. »

L’amputation d’un orteil chez un diabétique est quelque chose d’assez fréquent. Et depuis cette amputation de l’orteil, cet homme a dû passer, en l’espace de 3 ou 4 ans, un minimum de 4 mois de sa vie à l’hôpital, par durées de 15 jours, en hospitalisations, et toujours pour des problèmes d’orteils qu’on essaie de lui sauver.

Je ne sais pas à quel prix est la journée d’hospitalisation, mais cela va très vite.

 

L’Assurance maladie propose depuis 2008 le service « sophia », qui offre aux patients diabétiques un soutien à distance, notamment des conseils personnalisés. Qu’en pensez-vous ?

Dr Philippe Benard : Les médecins généralistes ne sont pas tous seuls. Avec ce suivi, les patients ont une autre possibilité de s’informer, mais encore faut-il qu’ils soient mobilisés. Or, tout malade chronique, à un moment ou un autre, en a assez de sa maladie, de faire des efforts tous les jours.

 

Dr José Clavero : On ne voit pas comment se constitue un programme sophia, sachant que le mode de recrutement est fait directement par l’Assurance maladie. Les patients que j’ai vus étaient peu nombreux. C’est au moment de la déclaration de la prise en charge à 100 % qu’ils ont été invités par l’Assurance maladie sans que je sois vraiment au courant de ce qui se passe.

 

Dr Philippe Benard : J’ai une quarantaine de patients diabétiques. Une dizaine à peu près sont inscrits au service sophia. La vérité, c’est que quatre ou cinq sont vraiment observants. Cela signifie qu’avant d’adhérer au service, ces gens sont déjà mobilisés. Ils ont déjà conscience que leur maladie est invalidante à terme, et qu’il faut prendre des précautions. On tourne un peu en rond dans la mesure où ce sont les patients les plus informés ou mobilisés qui vont adhérer. Or, le but, c’est que tous les autres y aient accès. Et ça n’est pas gagné.

 

Finalement, quels professionnels sont les mieux placés pour pousser les patients diabétiques à suivre les conseils hygiéno-diététiques ?

Dr José Clavero : Les médecins généralistes sont le mode d’entrée dans le système de santé. On peut aussi stimuler à différents endroits : les réglementations européennes demandent d’indiquer la composition de l’alimentation sur les paquets. Mais le message de la quantité ne passe pas auprès des adolescents : au message « mangez cinq fruits et légumes par jour », les ados nous répondent « j’ai mangé une rondelle de concombre et une petite tomate. » Il faut savoir que la quantité, c’est 80 à 150 grammes par jour. Une tranche de concombre, ça ne suffit pas.

 

Dr Philippe Benard : Chaque spécialistes s’occupe de son domaine. Je ne vois pas qui d’autre que des médecins pourraient s’occuper du suivi. Pourquoi pas un pharmacien, ou une infirmière, qui alerterait sur une suspicion. Mais je constate que le diagnostic de diabète, c’est toujours le médecin traitant qui en est à l’origine. Après, d’autres intervenants peuvent prendre en charge les diabétiques : des réseaux de soins de diabétiques…

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