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QUESTION D'ACTU

De l'intérêt de l’effet placébo

Migraine : les mots du médecin efficaces contre les maux de tête

La façon dont le médecin présente un médicament à son patient peut tout changer. Chez des migraineux, un a priori positif sur le traitement permet de mieux soulager la douleur.

Migraine : les mots du médecin efficaces contre les maux de tête SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

  • Publié 09.01.2014 à 11h54
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Vous souffrez de migraine ? Et bien l’information positive ou négative délivrée par votre médecin lors de la prescription du traitement pourrait bien atténuer ou renforcer l’efficacité de ce dernier. C’est ce que révèle une étude qui vient d’être publiée dans la revue Science Translational Medecine. Cette équipe de chercheurs de l’école de médecine de Harvard vient en effet de mettre en évidence que le message préalable délivré au patient et les attentes qui en découlent, influence significativement l’effet d’un traitement. Leur expérience scientifique pour le moins originale a été menée sur 66 patients âgés de plus de 18 ans et souffrant de crises de migraine depuis au moins 3 ans.

 

Une étude pour isoler l’effet placebo de l’effet pharmaceutique

Au début de l’étude, chaque participant a donc reçu 7 enveloppes, chacune devant être ouverte au moment de la survenue d’une crise de migraine. La première enveloppe ne contenait rien, si ce n’est un journal leur permettant de décrire l’intensité de cet épisode migraineux initial. En revanche, pour les six enveloppes destinées aux 6 crises de migraine suivantes, deux avaient pour but de susciter une attente positive chez le patient. Elles portaient donc la mention « 10mg rizatriptan », un traitement reconnu comme étant efficace contre la migraine. Deux autres plis, portant l’inscription « placebo » dessus, étaient suscité un a priori négatif. Et enfin, deux enveloppes ont été préparées par les auteurs dans le but de provoquer une attente neutre chez les participants. Elles précisaient contenir du «rizatriptan ou un placebo ».

Mais, les auteurs de l'étude ont cherché à brouiller les pistes : les mentions sur les étiquettes ne réflétaient pas toujours la réalité. En effet, dans chacune des trois situations - positives , négatives ou neutres - l'une des deux enveloppes contenaient réellement un comprimé de rizatriptan, alors que l'autre, contenait un placebo. Au final, tous les patients ont été invités à décrire l’évolution de leur douleur 2 heures après la prise du comprimé. «Quand les patients ont reçu le rizatriptan étiqueté « placebo », ils ont été traités par le médicament, mais sans aucune attente positive, note l’un des auteurs. Notre but était d’isoler son effet pharmaceutique. Inversement, le placebo faussement étiqueté « rizatriptan » était une tentative d'isoler l'impact de l'effet placebo».

 

435 crises de migraine passées au crible

Sur les 435 crises de migraines analysées dans cette étude, sans surprise, les auteurs ont tout d’abord noté que le rizatriptan était supérieur au placebo pour soulager la douleur. Cependant, même lorsque le placebo annoncé en était vraiment un, la douleur des patients était tout de même réduite de 14,5%. Mais ce qui a le plus surpris ces scientifiques c’est qu'un vrai triptan présenté comme un placebo faisait jeu égal avec un placebo étiqueté « rizatriptan ». Le premier réduisant de 36,1% la douleur contre 24,6 % de réduction de la douleur pour le second. « Le seul fait de nommer une maladie, un médicament, crée une résonnance chez le patient, précise le Dr Philippe Cornet, médecin généraliste à Paris qui a participé à l'élaboration de recommandations sur la migraine. Le mot même de placebo n'est évidemment pas neutre. Et les mots que nous, médecins, utilisons ont particulièrement de poids chez les migraineux parce que les patients n'arrivent pas vierges dans nos cabinets. Ils ont déjà une longue histoire avec la maladie. »

Ecoutez le Dr Philippe Cornet, médecin généraliste à Paris : « Si on dit aux migraineux que leur maladie est génétique, et je sais la souffrance dans laquelle vous êtes, déjà, ça soulage vraiment. »




D’après les auteurs, ce constat révèle que l’effet positif de l’étiquetage des comprimés sur les patients migraineux renforce l'efficacité du traitement, que ce soit pour le vrai comprimé comme pour le placebo. « Cette étude a précisé les effets cliniques du médicament et du placebo d'une manière unique, précise le Pr Kaptchuk, principal auteur de ce travail. Notre découverte montre que le niveau de soulagement de la douleur des patients était presque identique quand on leur a fait croire qu’un médicament actif était un placebo ou qu’un placebo était un vrai anti-migraineux. Cela montre que l'effet placebo est un partenaire non reconnu des médicaments puissants ».

L'effet placebo à l'origine de 50% du soulagement

Pour la première fois, cette étude permet donc de quantifier à quel point le soulagement de la douleur est attribué à l'effet pharmacologique du médicament ou au placebo. Selon les auteurs, cela démontre qu’une attente positive du patient associé à un médicament puissant pourrait être la clef pour parvenir à des soins cliniques efficaces. « Lorsque les médecins contribuent à ce que les patients aient de fortes attentes positives dès le départ du traitement, que ce soit pour le rizatriptan ou pour un autre médicament contre la migraine, ils deviennent plus efficaces », explique le Pr Burstein, co-auteur de cette étude.


Ecoutez le Dr Philippe Cornet : « C'est très important de dire qu'on a des médicaments efficaces. Et le 1er médicament, c'est le médecin. 'il est convaincu de ce qu'il dit, c'est beaucoup plus efficace. »





Même si en terme de réduction de la douleur le médicament reste supérieur au placebo, ces chercheurs concluent que l'effet placebo représente au moins 50% du soulagement de la douleur globale des volontaires. Selon eux, cela indique que l'efficacité d'un bon traitement peut être doublée par l'amélioration de l'effet placebo. « Augmenter l’efficacité d’un traitement signifie des crises de migraine plus courtes, et des crises de migraine plus courtes signifient que ces patient auront besoin de moins de médicaments » conclut-il.

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