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QUESTION D'ACTU

Série "détresse étudiante"

"Les jeunes ont l’impression de passer à côté de leur jeunesse"

Comme le soulignait dès décembre 2020 un rapport parlementaire qui pointait les effets “délétères” qu'avait sur eux la crise du coronavirus, les jeunes sont en souffrance. Pourquoi Docteur leur donne la parole, et aussi à ceux qui les écoutent et les accompagnent. Aujourd'hui, Jean Petrucci, un des psychologues cliniciens qui a élaboré le site Ecoute Etudiants.

\ Pheelings Media / istock.

  • Publié le 28.01.2021 à 08h57
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Ils appartiennent aux catégories les moins à risque face à la Covid-19 et pourtant, ils sont aussi de vraies victimes de la crise sanitaire. Parcours étudiants bouleversés, intégration compliquée dans le monde du travail, disparition de nombreux petits boulots et stages, précarisation, vie sociale empêchée : les jeunes vont mal. Pourquoi docteur a rencontré un de ceux qui leur apporte de l'aide : Jean Petrucci, psychologue clinicien et fondateur du site Ecoute Etudiants.

Pourquoi docteur - Quels sont les symptômes du mal-être psychologique des étudiants français ?

Jean Petrucci - La problématique est très différente en fonction des étudiants. Mais globalement, ils ressentent de l’anxiété et de la dépressivité. Ils souffrent aussi des troubles du sommeil, de concentration et de motivation, avec moins d’envies et de plaisirs. Il y a également un désespoir insidieux qui s’est installé chez certains jeunes, avec une incapacité à se projeter dans l’avenir.

Pourquoi les étudiants vont-ils aussi mal ?

Les étudiants souffrent de plusieurs choses. D’abord de solitude, avec les confinements, les couvre-feux et les cours à distance. Ensuite, pour certains, de précarité, due à l’arrêt des petits boulots. Il y a aussi des jeunes qui doivent faire face au deuil ou à la maladie de membres de leur famille atteints par la Covid-19. Par ailleurs, la peur de redoubler son année d’étude est aussi présente, car sans stage, beaucoup ne peuvent pas valider leur cursus. Enfin, ne pas pouvoir se projeter dans un avenir proche ou lointain (sorties avec des amis, rendez-vous amoureux, entretiens d’embauche…) suscite de l’angoisse. Chez quelque uns, les facteurs de détresse se cumulent, et ils ont vraiment du mal à faire face.

Quelle prise en charge proposez-vous aux étudiants qui appellent ?

On leur propose d’abord de faire un point, car c’est parfois difficile de mettre des mots sur sa situation. En fonction de l’état psychologique de l’étudiant, on peut l’orienter vers des exercices à faire chez lui, des téléconsultations avec des psychologues (il y a trois consultations gratuites accessibles via le site Ecoute Etudiants), ou, s’il y a vraiment un mal-être extrême, aux urgences. Certains sont aussi orientés vers la prise d’anxiolytiques ou d’antidépresseurs, avec l’aide d’un clinicien compétent en la matière.

Quels sont ces exercices pratiques ?

On leur conseille des exercices pratiques qu’ils peuvent faire tout seul chez eux, même si c’est un petit espace de vie. C’est par exemple des exercices de relaxation, de méditation et de la gestion du sommeil, des rythmes ou de la motivation. Le but est d’essayer de conserver un mode de vie le plus normal possible, malgré le contexte sanitaire.  

Quelles sont les attentes des étudiants aujourd'hui ?

Ce qui ressort, c’est vraiment l’idée d’une considération par rapport à l’avenir et au manque de projection. Il y aussi la volonté de reprendre les cours en présentiel, avec une incompréhension sur le fait de tout faire à distance. L’inquiétude quant à la validité des diplômes est également importante.  

La volonté de reprise des activités sociales et culturelles est aussi très forte, car la vie étudiante actuelle ne correspond pas du tout à celle qu’on se représente. Les jeunes ont l’impression de passer à côté de leur jeunesse.

La crise sanitaire a-t-elle modifié la considération des étudiants en France ?

Il est un peu tôt pour faire un constat, mais cette crise sanitaire a mis en lumière la fragilité de la jeunesse et la précarité de certains étudiants, surtout depuis la rentrée de septembre. Les écarts de situation sont plus visibles, avec des jeunes entourés de leur famille et d’autres qui sont vraiment isolés, sans suffisamment de ressources pour s’en sortir.

Alors que le printemps dernier, la jeunesse était un peu oubliée, voire montrée du doigt, on voit aujourd’hui qu’elle a aussi sa part de souffrance dans cette crise sanitaire.

Que pensez-vous des "chèques psy", proposés par le Président Emmanuel Macron ?

C’est une mesure supplémentaire qui est bonne à prendre.

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