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QUESTION D'ACTU

Toxicité

Un solvant suspecté dans la maladie de Parkinson

Une étude américaine souligne les conséquences neurologiques d'une exposition au trichloroéthylène, encore utilisé comme solvant en France malgré sa cancérogénicité.


  • Publié 18.01.2008 à 00h00
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Lorsqu'il a appris qu'il était atteint de la maladie de Parkinson Eddy Abney, un ouvrier du Kentucky alors âgé de 56 ans, a aussitôt pensé à ses années de travail penché au-dessus d'un bac de trichloroéthylène (TCE). Deux autres anciens employés de son usine étant atteints du même mal. il a alors alerté le Dr John Slevin, son neurologue de l'université du Kentucky à Lexington. Les résultats troublants de l'étude que celui-ci a engagé avec le Dr Don Gash viennent d'être publiés sur le site des Annals of Neurology. Ils s'ajoutent à la liste de travaux, encore préliminaires, qui semblent établir un lien entre une exposition chronique au TCE (un solvant encore largement utilisé dans l'industrie pour le dégraissage de pièces métalliques) et l'apparition de symptômes neurologiques de type parkinsoniens.

L'étude porte sur l'observation de ces 3 cas cliniques de maladie de Parkinson, chez des patients ayant tous été exposés au TCE pendant 25 ans. En parallèle, un questionnaire de santé a été envoyé à d'autres employés de l'usine pour déterminer s'ils ressentaient certains symptômes. Les 27 personnes ayant répondu ont été évaluées sur l'échelle UPDRS (Unified Parkinson's Disease Rating Scale). Aucun diagnostic de maladie de Parkinson n'a été établi mais les chercheurs ont constaté une plus grande lenteur des mouvements dans le groupe sans symptôme que dans le groupe témoin et une lenteur encore plus accrue dans celui qui déclarait des symptômes.

Les chercheurs américains se sont aussi intéressés aux mécanismes cellulaires d'action du TCE et ont confirmé son effet sur les neurones dopaminergiques du locus niger, qui sont atteints dans la maladie de Parkinson. « Même si elle est intéressante, il est difficile de tirer des conclusions de cette étude car des investigations plus approfondies seraient nécessaires, en particulier au plan épidémiologique », explique le Dr Alexis Elbaz, épidémiologiste à l'Inserm (hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris). « De plus, il est important de souligner que le protocole d'administration du TCE aux souris par voie orale est très différent des conditions d'exposition chez l'homme ».
« Nous avons essayé de simuler, rapidement, la longue durée de l'exposition de nos patients,ce qui nécessitait d'utiliser des doses importantes », se justifie John Slevin. Et il insiste : « Ce qui est significatif est que nous ayons pu établir un lien entre le mécanisme d'action du TCE et d'autres toxiques reconnus dans cette maladie».

En France, le TCE, utilisé principalement comme dégraissant de pièces métalliques, est reconnu comme un agent cancérigène de classe 2. « Il est surprenant de constater qu'on a très peu exploré les effets neurologiques à long terme de ce solvant alors que sa neurotoxicité est connue», remarque Michel Falsi, médecin du travail et adjoint au chef du département études et assistance médicale à l'INRS. Un décret de 2001 indique que de tels produits doivent être remplacés par d'autres.

Cependant, une enquête récente de l'INRS montre que cette substitution est loin d'être effective. « Bien qu'incomplète, cette étude peut servir d'alerte pour lancer des études complémentaires afin d'évaluer les risques neurologiques de ce type de solvants et je vais faire remonter l'information vers les administrations concernées », estime le Pr Gérard Lasfargues, professeur en médecine du travail et directeur du département de santé au travail de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (AFSSET).
Pauline Léna

 

Questions  aau Dr Alexis Elbaz, épidémiologiste à l'Inserm (hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris)


"Cette étude appelle à la vigilance des médecins"
 


Qu'est-ce que cette étude apporte par rapport aux travaux précédents ?

Dr Alexis Elbaz.  Cest l'une des premières études qui pointe plus particulièrement vers ce produit alors que les études précédentes n'avaient pas montré vraiment de relation entre la maladie de Parkinson et l'usage de ce solvant.

Quelle leçon peut-on en tirer ?
Dr A. E. Cette étude pose une hypothèse sur un lien entre l'exposition professionnelle au trichloréthylène et la maladie de Parkinson. Je crois que cela peut inciter les médecins du travail à être particulièrement vigilants lors des consultations professionnelles de sujets exposés au trichloréthylène. Cela souligne l'importance, pour les neurologues et les médecins en général, d'interroger leurs patients parkinsoniens quant à l'utilisation de ce type de produits.


Quelles possibilités ouvre-t-elle en termes de recherche ?

Dr A. E.. Cette étude ouvre une piste intéressante  mais qui demande à être confirmée. Bien qu'il soit déjà très complet, l'article, pourrait être approfondi sur le plan épidémiologique par l'étude détaillée du cluster. La réalisation d'études épidémiologiques pour mettre en évidence une relation entre un facteur de risque professionnel et une maladie, en l'occurrence la maladie de Parkinson, est une mise en oeuvre compliquée, longue et coûteuse et l'évaluation de l'exposition à ce type de toxiques est également compliquée.

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