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Solidarité

Crise sociale : avec la Covid-19, la demande d'aide alimentaire explose en France

Depuis le début de la crise sanitaire, le milieu associatif constate une hausse considérable des besoins en aide alimentaire. Selon la Croix-Rouge et le Secours catholique, la situation devrait demeurer la même dans les mois à venir, "voire se dégrader".

Crise sociale : avec la Covid-19, la demande d'aide alimentaire explose en France Biserka Stojanovic/iStock

  • Publié le 01.07.2020 à 20h00
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En apparence, la France semble revivre. Seulement, les conséquences de la crise sanitaire que nous traversons impactent lourdement la précarité alimentaire. Pour les mois d'avril, mai et juin, la Fédération française des Banques Alimentaires constate une augmentation de 20 à 25% de la demande d'aide, "avec des disparités en fonction des territoires", comme nous l'a précisé Marine Riaudel, la chargée de communication et des partenariats de l'association. 

Pour sa part, le Secours catholique a dû commander 5 millions d'euros de chèques-services, qui s'apparentent aux tickets restaurant, pour couvrir une distribution de la mi-mars à la fin de l'été. "Il y avait des réels besoins au sein des antennes locales", assure Marie Drique, chargée de projet "accès digne à l'alimentation pour l'association". Autre acteur majeur du secteur associatif, la Croix-Rouge note, elle, une hausse de près de 45% des besoins en aide alimentaire d'urgence depuis le début de la crise.

"La crise a renforcé les vulnérabilités d'un public qui n'était pas précaire"

En cause notamment : l'entrée d'un nouveau public dans les structures d'aide alimentaire en raison de la baisse de revenus liée au confinement. Au niveau de la Croix-Rouge, ces dernières sont plus de 90% à observer une hausse du nombre de chômeurs (+ 60%), de travailleurs intérimaires ou travailleurs pauvres (+ 50%), de retraités (+ 35%), de personnes en situation de grande exclusion (+ 34%), d'étudiants (+ 20%), ou encore de travailleurs indépendants et commerçants (+19%).

"La crise n'a fait que renforcer les vulnérabilités d'un public qui n'était pas précaire", explique Valérie Bettinger, responsable du Pôle Aides matérielles et financières de la Croix-Rouge. Même son de cloche du côté du Secours catholique. "La diversification des situations dans le besoin explique en partie la hausse de la demande d'aide alimentaire", indique Marie Drique.

La chargée de projet impute partiellement l'arrivée de ces nouveaux publics à la fermeture des restaurations collectives pendant le confinement, comme les cantines pour les enfants. "À cela s'ajoute celle des marchés, car un certain nombre de personnes pouvaient glaner et obtenir des prix réduits en fin de matinée, estime-t-elle. Par ailleurs, il y a eu une hausse réelle des coûts de l'alimentation, surtout sur les fruits et légumes".

Repenser toute l'organisation des structures associatives

Du côté associatif, il a fallu repenser toute l'organisation des structures pour assurer l'aide alimentaire. "Quand le confinement a été annoncé, on a d'abord dû arrêter les activités pour s'assurer de la protection de nos bénévoles et des personnes que l'on accompagne, puisqu'elles peuvent être à risques", expose Marie Drique. Un temps de pause qui a permis la mise en œuvre de règles et aménagements pour respecter les gestes barrières.

"On a développé les livraisons de chèques-services au seuil de la porte des personnes que l'on accompagne pour éviter les rassemblements, avec des discussions de loin et des appels en amont et en aval", raconte la chargée de projet. Un système permettant de s'entraider pour faire ses courses a également été lancé, de même que la possibilité de déposer les chèques-services dans la boite aux lettres. "Ça nous a amenés à repenser nos moyens d'être dans l'accompagnement, d'entretenir le lien social à distance, en plus de l'aide alimentaire", constate-t-elle. Une manière de remplacer les activités conviviales sur l'alimentation traditionnellement mises en place par le Secours catholique, comme les repas partagés et les ateliers cuisine. 

Une augmentation du nombre de nouveaux partenaires associatifs

La Croix-Rouge a également dû opérer "toute une réorganisation, en très peu de temps". Adaptation des locaux, multiplication des maraudes – qui ne portent habituellement pas l'aide alimentaire – constitution de paniers… "Normalement, le public est amené dans nos centres alimentaires par d'autres associations ou des travailleurs sociaux, explique Valérie Bettinger. Dans le cadre de la crise, on a mis l'accent sur les libres-services et les épiceries sociales, en recevant les personnes sur rendez-vous pour éviter qu'il n'y ait trop de monde. On a aussi eu la chance de pouvoir faire des distributions à l'extérieur".

Du côté de la Fédération française des Banques Alimentaires, on constate une hausse du nombre de partenaires associatifs, en réponse à celle de la quantité de bénéficiaires. "Pendant toute la durée du confinement, les Banques Alimentaires ont fait face à la fermeture d'associations partenaires par manque de bénévoles ou en raison de difficultés dans la gestion du confinement, rapporte Marine Riaudel. En même temps, on a vu une augmentation du nombre de nouveaux partenaires associatifs". Entre les associations et les Centres communaux d'action sociale (CCAS), la Fédération française des Banques Alimentaires comptait 347 nouveaux partenaires à la fin du mois d'avril. 

"À l'heure actuelle, tout l'enjeu est de confirmer cet engagement" 

Avec l'arrêt de nombreux bénévoles âgés de plus de 70 ans, et donc fragiles face à la Covid-19, la Croix-Rouge a dû réorganiser ses équipes en urgence et accueillir de nouveaux bénévoles. "On a eu beaucoup de sollicitation : à l'heure actuelle, tout l'enjeu est de confirmer cet engagement car il s'agissait de personnes qui ne travaillaient pas et ont voulu se rendre utiles pendant le confinement", souligne Valérie Bettinger. 

Une problématique particulièrement importante pendant la période estivale. "La demande ne va pas s'infléchir et, avec l'été, les associations fonctionnent généralement en effectifs réduits", reprend la responsable du Pôle Aides matérielles et financières. Elle évoque notamment les difficultés que présente la période pour les étudiants, qui profitent habituellement de l'été pour travailler, ainsi que la fragilisation des intérimaires. "Leurs missions ne vont pas reprendre tout de suite", regrette-t-elle.

"On s'interroge sur la situation, qui va demeurer la même, voire se dégrader"

Plus largement, ce sont les effets à long terme de la crise économique qui sont redoutés par les associations. "On s'interroge sur la situation, qui va demeurer la même que celle pendant le confinement, voire se dégrader, s'il continue à y avoir des pertes de revenus, redoute Marie Drique. Avec des budgets restreints, la variable d'ajustement est l'alimentation : on pense donc rester à une demande élevée. On s'attend à une vague de pauvreté"

L'inquiétude est palpable. "Cette crise témoigne de la fragilité et de la précarité potentielle. Quand on a des revenus à flux tendus et que l'on ne travaille pas pendant trois mois, le paiement des loyers est impacté. Résorber les retards ne va pas se faire du jour au lendemain, estime Valérie Bettinger. On ne s'attend pas à une amélioration immédiate et, malheureusement, on a des signaux contraires".

"On est dans une situation structurelle ; il faut des réponses qui le soient aussi"

Pour faire face à la situation, la Croix-Rouge, les Restos du cœur, le Secours populaire, et la Fédération française des banques alimentaires, ont lancé le 17 juin un appel aux institutions européennes afin d'augmenter les moyens dédiés à l'aide alimentaire. Plus précisément, la Croix-Rouge "appelle à l’engagement des citoyens et propose aux pouvoirs publics de participer à la construction d’un volet social dans le plan de relance".

Par ailleurs, le Secours catholique demande une hausse des minimas sociaux pour que chacun puisse avoir accès aux droits de base, et, ainsi, se nourrir. "C'est l'une des réponses. Au niveau des politiques publiques de lutte contre la précarité alimentaire, il ne faudra pas rester sur du palliatif, estime Marie Drique. On est dans une situation structurelle ; il faut des réponses qui le soient aussi". Objectif : permettre à tous un accès autonome à l'alimentation.

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