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QUESTION D'ACTU

Entretien

Débat sur le déconfinement : "Si on est casse-cou et optimiste, on sera probablement en faveur d'un allégement des mesures"

Faut-il accélérer le déconfinement ? Que ce soit chez les politiques, les médecins, ou au sein de la population, la question divise. Traumatismes passés, caractère… Selon la psychothérapeute Nadine Sciacca, ces éléments peuvent déterminer la position de chacun sur le déconfinement. Entretien.

Débat sur le déconfinement : \ RossiAgung/iStock

  • Publié le 09.06.2020 à 16h15
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La question de l'allégement des mesures contraignantes pour accélérer le déconfinement divise le corps médical et la classe politique. Alors que le Conseil scientifique se prononce en ce sens, le ministre de la Santé appelle à la prudence. "La situation s'est améliorée et continue de s'améliorer (mais) il est trop tôt pour relâcher en aucune manière notre vigilance, a ainsi souligné Olivier Véran le 8 juin, comme le rapporte l'AFP, dont Le Figaro se fait l'écho. N'allons pas trop vite, on a réussi à gagner une bataille par l'effort de tous, une bataille qu'il a été très difficile de gagner, on n'a pas encore gagné la guerre, donc vigilance".

Accélérer ou non le déconfinement est également un sujet récurrent au sein de la population française. Pour beaucoup, il se traduit par la prise de risque au sein de l'espace public. Notre passé et notre caractère déterminent-ils notre avis sur la question ? Pour Nadine Sciacca, psychothérapeute, la réponse est oui. Selon elle, les accidents de parcours de chacun jouent, de même que leur tempérament.

Pourquoi docteur : Que dit de nous notre position sur le déconfinement ?

Nadine Sciacca : Notre rapport au déconfinement est lié à notre aversion ou à notre tolérance vis à vis du risque. Certains y sont plus aversifs, et, de fait, plus prudents, en raison de leurs antécédents. Il s'agit d'expériences qui les ont exposés plus frontalement que les autres, comme une maladie, ou celle d'un proche. Plus précisément, un traumatisme ancien tel que le fait d'avoir été confronté soi-même à un risque majeur de survie, ou d'en avoir été témoin, a pu donner lieu à un stress post-traumatique réactivé par la pandémie.

Par ailleurs, notre position sur le déconfinement est influencée par notre tempérament. Si on est casse-cou et optimiste, on sera probablement en faveur d'un allégement des mesures ; on aura tendance à penser que les autres se font trop de mouron. À l'inverse, lorsque l'on a une personnalité sujette au stress, que l'on est de nature anxieuse, on est plus exposé et on aura surtout tendance à voir le risque. Un effet loupe sur le danger peut s'instaurer et pousser à dramatiser.

Comment cette amplification de la vision du risque s'explique-t-elle ?

Nous sommes tous soumis au biais de confirmation. C'est un mécanisme de notre cerveau qui fait que l'on va plutôt chercher, retenir et apporter du crédit aux informations qui vont dans le sens de nos croyances, qui les confortent. Par exemple, si l'on trouve qu'il est dangereux de déconfiner plus rapidement la population, on va mémoriser des données qui vont nous conforter dans cette idée. À l'inverse, si on a un tempérament optimiste, on va chercher les statistiques qui montrent que tout va bien.

Quelles sont les conséquences de ces différentes perceptions du déconfinement ? 

Elles peuvent générer des conflits entre les deux profils, au sein d'une même famille ou entre amis. D'un côté, l'optimiste dira de l'autre : 'Qu'est-ce qu'il est embêtant et trouillard', tandis que le pessimiste pensera : 'Quel casse-cou, qu'est-ce qu'il est égoïste et ne pense qu'à lui'. Cela peut donner lieu à des jugements : on a tendance à juger celui qui est différent de nous plutôt qu'à essayer de le comprendre et de voir comment négocier la relation.

Comment vivre en bonne intelligence ? 

La clé est de donner son mode d'emploi à l'autre et de ne pas être dans l'optique : 'J'ai raison et tu as tort'. Il faut plutôt dire : 'C'est ma perception des choses, ma manière de les vivre et de réagir. Je ne dis pas que c'est la bonne, mais c'est la mienne, cela vient de ma personnalité, de mon histoire. Je respecte ta manière de voir la situation, ton caractère, et je ne porte pas de jugement. Mais, si on vit ensemble, il faut que l'on arrive à négocier'.

Existe-t-il un niveau de peur "excessif" ?

Le danger du virus n'est pas égal selon notre âge et notre état de santé : le niveau d'anxiété d'une personne peut être lié à celui du risque d'attraper la Covid. Avoir plus de 65 ans et avoir fait un infarctus, avoir du diabète, ou avoir une hypertension artérielle, sont des cas où la peur n'est pas subjective. Néanmoins, quels que soient les antécédents médicaux de quelqu'un, on ne peut légitimement pas lui dire qu'il ne doit pas avoir peur : c'est une bonne émotion quand il y a un danger réel, objectif.

Ici, c'est bien le cas : il y a tout de même près de 30 000 morts en France. La peur est une alliée, c'est elle qui nous pousse à prendre des précautions, à maintenir les gestes barrières, à ne pas baisser la garde, à être prudent. Il s'agit d'une fonction utile : elle favorise notre sécurité. Tant que le virus est encore présent dans le pays, que l'on peut l'attraper et le transmettre à des personnes vulnérables, l'absence totale de précautions est inadaptée à la réalité, qu'il s'agisse d'une prise de risque pour soi ou pour l'autre.

À l'inverse de la peur, existe-t-il un mécanisme qui pourrait nous pousser à prendre des risques ?

L'être humain peut avoir tendance à être dans le déni du risque quand ce dernier le contraint. Cela vaut pour les personnes qui boivent de l'alcool mais pensent qu'elles ne développeront jamais une cirrhose du foie, par exemple. Le déni nous arrange, cette forme d'excès d'optimise sur sa santé évite de mettre un frein à des comportements qui procurent du bien-être. En revanche, avec la Covid-19, il y a une responsabilité supplémentaire : même si l'on est dans le déni du risque nous concernant, on peut transmettre le virus aux autres, notamment aux personnes vulnérables. 

Ainsi, même si quelqu'un prend très peu de précautions pour lui, il sera généralement moins dans le déni une fois en posture de responsabilité, en étant en contact avec une personne qui présente des facteurs de risque, ou en étant en charge d'une classe d'enfants, par exemples. En revanche, les jeunes sont un cas à part. Le développement du cortex se termine à 20 ans : les zones qui contrôlent l'impulsivité ne sont pas totalement formées chez les adolescents. Comme leur mécanisme d'autocontrôle n'est pas complètement construit, ils peuvent plus facilement avoir des comportements à risque.

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