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QUESTION D'ACTU

Epidémie

L'Euro 2008 menacé par la rougeole

Les Français qui vont supporter l'équipe de France de football en Suisse et en Autriche ont intérêt à être à jour de leur vaccination contre la rougeole.


  • Publié 23.05.2008 à 00h00
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La Direction générale de la santé (DGS) s'inquiète pour l'Euro 2008 de football (du 7 au 29 juin). Ce ne sont évidemment pas les performances de l'équipe de France qui lui provoquent des sueurs froides, mais l'épidémie de rougeole qui sévit dans les deux pays organisateurs, la Suisse et l'Autriche.
L'Office fédéral de santé publique suisse qualifie l'épidémie d' « importante ». Les premiers cas remontent à novembre 2006 et pas moins de 2242 cas ont été déclarés en 18 mois contre 50 cas annuels habituellement. La DGS a donc tiré la sonnette d'alarme et lancé un message sur DGS urgent : « Il est vivement recommandé aux ressortissants français qui vont s'y rendre, d'être à jour de leur vaccination anti-rougeoleuse. »

Si la DGS a pris soin de lancer l'alerte, c'est parce que la France n'a pas réussi, elle non plus, à éliminer cette pathologie de l'Hexagone. « L'objectif d'éradication pour 2010 est plutôt compromis », pronostique le Dr Isabelle Parent, médecin épidémiologiste à l'Institut national de veille sanitaire, responsable de la surveillance de la rougeole au niveau national. Notre taux de couverture vaccinale est aujourd'hui de 84%. Or, il faudrait atteindre les 95% pour ne plus entendre parler de ce virus.
Pour y parvenir, la France s'est dotée de nouveaux outils. En juillet 2005, la rougeole est devenue une maladie à déclaration obligatoire. Auparavant, seul le réseau Sentinelles de l'Inserm surveillait cette pathologie infectieuse. Le calendrier vaccinal a également été modifié. Il recommande trois injections entre 9 et 24 mois du ROR.

Mais la nouveauté, c'est l'introduction des injections de rattrapage jusqu'à 28 ans. But de l'opération : récupérer les enfants de plus de deux ans qui sont passés par les mailles du filet. Premières victimes : les adolescents « Les adolescents qui n'ont pas été vaccinés et qui n'ont pas été malades constituent la tranche d'âge la plus touchée et représente 60% des cas signalés depuis le début de l'année, » précise la DGS. En fait, ces jeunes qui n'ont pas été vaccinés et qui n'ont pas croisé la rougeole dans l'enfance, représentent le maillon faible. « Ils forment un réservoir de personnes réceptives au virus et ils favorisent l'éclosion de véritables flambées épidémiques », explique le Dr Clément Turbelin, du réseau Sentinelles de l'Inserm.


Certains supporters de football pourraient bien être dans ce cas. C'est pourquoi la DGS va au-delà du calendrier vaccinal et recommande aux touristes âgés de 29 à 44 ans n'ayant pas été vaccinés de se faire administrer une dose. Il ne faut pas pour autant être alarmiste. « Pour nous, c'est quand même une maladie rare », tempère le Dr Turbelin. Et les injections de rattrapage commencent à porter leurs fruits. Entre deux et six ans, la couverture vaccinale grimpe de sept points. L'Europe reste malgré tout à la traîne derrière les Etats-Unis où, avec un taux de vaccination de 95%, le combat contre la rougeole semble déjà d'un autre âge.


Questions au Dr Isabelle Parent (InVS),
responsable de la surveillance de la rougeole 

« La rougeole n'est plus une maladie infantile »  
 



Existe-t-il un risque épidémique en France ?
Dr Isabelle Parent. Actuellement, le virus circule de façon modérée mais résiduelle. En 2008, l'INVS (1) a recensé quatre foyers de rougeole. Ce qui prouve que nous n'avons pas réussi à éliminer cette maladie de l'Hexagone. La plus grande épidémie remonte à 2003. Nous avions alors identifié environ 160 cas en Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Comme nous n'avons pas atteint le taux de 95% de couverture vaccinale qui permettrait d'éliminer cette pathologie, le risque de bouffée épidémique existe en effet.

Quelles sont les personnes les plus à risques ?
Dr I.P
. C'est une maladie bénigne mais elle peut entraîner des complications sévères chez les nourrissons et les jeunes adultes qui n'auraient pas été vaccinés. Nous constatons d'ailleurs que les petites flambées que nous avons connues récemment touchent surtout des adultes. C'était le cas cette année à Reims où parmi ces adultes atteints, nous avions d'ailleurs un certain nombre de professionnels de santé. La transmission avait eu lieu à l'hôpital. Clairement, ce n'est plus une maladie de l'enfant.

Quelle attitude adopter face à des enfants qui n'ont pas été vaccinés ?
Dr I.P
. Pour faire face à ce genre de situations, le calendrier vaccinal prévoit des activités de rattrapage. Les médecins peuvent par exemple administrer des doses aux enfants entre 2 et 16 ans qui n'ont pas été vaccinés ou qui ont eu une seule dose. Et il est aussi recommandé d'administrer une dose aux jeunes adultes entre 17 et 28 ans. Ces recommandations sont d'ailleurs relativement bien suivies puisqu'à 24 mois, nous avons une couverture de moins de 90%. Et à six ans, elle atteint les 94% pour une dose. Entretien avec C.C. (1) Institut national de veille sanitaire
Entretien avec C.C.

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