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Maladies rares : une nouvelle voie thérapeutique pour traiter le syndrome d’Olmsted

Des chercheurs français ont récemment découvert une nouvelle solution thérapeutique pour soigner les patients atteints de la maladie rare et orpheline d’Olmsted. Ils ont réussi à les guérir de leurs symptômes en prescrivant un médicament généralement utilisé pour soigner certains cancers.

Maladies rares : une nouvelle voie thérapeutique pour traiter le syndrome d’Olmsted anusorn nakdee/iStock

  • Publié le 01.03.2020 à 14h00
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Le syndrome d’Olmsted est une maladie rare, et même “une maladie rare dans les maladies rares”, précise Christine Bodemer, chef de service de dermatologie de l'Hôpital Necker et autrice principale de l’étude, puisqu’elle a une prévalence de un pour un million. C’est également une maladie orpheline car il n’existe aucun traitement qui permet de la guérir définitivement. Elle est liée à des mutations du gène TRPV3 qui provoquent une keratodermie palmoplantaire, c’est-à-dire un épaississement impressionnant de la peau des paumes et des plantes, extrêmement douloureuse. Les résultats de l'étude ont été publiés dans la revue JAMA Dermatology.

Plongée dans la littérature existante

Les patients atteints du syndrome d’Olmsted se trouvaient dans une impasse thérapeutique pour guérir leurs symptômes, à cause de l’échec des traitements classiques. “Nous avions trois patients de deux familles différentes, avec d’un côté deux frères de 15 et 17 ans, et de l’autre, une petite fille de 13 ans, que je suis depuis qu’ils sont petits, détaille Christine Bodemer. Avec le temps, leur hyperkératose et leur douleur n’ont eu de cesse d’augmenter”. Le seul moyen pour eux de calmer la douleur est le froid puisque la chaleur leur déclenche une sensation de brûlure très importante. “Ils passaient leur temps les pieds dans l’eau glacée ou dans la neige en hiver, ce qui abîme la peau et provoque de la macération et des infections”. En plus de cela, une telle maladie conduit à un arrêt de la croissance, une anorexie, des insomnies et une situation d’isolement social total associés à un état d’anxiété profond du fait de la douleur et du handicap.

Une nouvelle voie thérapeutique a été ouverte par la professeure Christine Bodemer et son équipe, composée de Céline Greco, du service transversale douleurs et soins palliatifs de l'hôpital Necker, et de Claude Boucheix, de l'Inserm. Grâce au repositionnement d’un médicament. “La réflexion a été de se dire que les traitements conventionnels ne fonctionnent pas, que dans la recherche il n’y a rien non plus et qu’il faut agir tout de suite car ces enfants foncent dans un mur insupportable”, se souvient-elle. C’est alors qu’avec ses collègues, la chercheuse s’est mise à décortiquer et remettre à plat toutes les connaissances et la littérature sur le gène TRPV3, même si ça n’avait rien à voir avec la maladie d’Olmsted.

Des résultats spectaculaires

Ces recherches ont permis de déterminer les causes des symptômes pouvant amener à imaginer un moyen d’agir sur eux. Concrètement, la clé de ces recherches réside dans le lien entre les modes de signalisation des gènes TRVP3 et EGFR.

Dans la cellule, les molécules EGFR et TRVP3 créent “une espèce de boucle de fonctionnement dans la cellule”, précise Christine Bodemer. La molécule EGFR se transactive, c'est à dire qu'elle s'active toute seule, sous l'impulsion de la molécule TRPV3. Cette dernière se transactive à son tour, entraînant avec elle l'EGFR, créant ainsi cette boucle infernale. La mutation qui a lieu chez les patients atteints de la maladie d’Olmsted joue le rôle d’activatrice de la molécule TRPV3, amenant à une transactivation permanente de l’EGFR qui entretient une stimulation encore plus accru du TRPV3.

Les chercheurs se sont tournés vers les autres maladies pour obtenir un médicament permettant de jouer sur l’EGFR afin de diminuer cette transactivation. “Nous nous sommes tournés vers des médicaments permettant de traiter des cancers dans lesquels l’EGFR est surexprimé, comme le cancer du poumon ou les cancers d’organes solides, et nous avons trouvé l’erlotinib qui agit comme inhibiteur de l’EGFR”. Après avoir pris les précautions nécessaires et obtenu les autorisations indispensables, les chercheurs ont commencé à prescrire les médicaments aux patients.

Les résultats de ce nouveau traitements ont été spectaculaires. “Après un mois, les patients ne ressentaient quasiment plus de douleur, et après trois mois, la keratodermie palmoplantaire a totalement disparu et nous n’avions plus besoin de prescrire d’antalgiques pour apaiser les douleurs”, se félicite la professeure. Les patients ont pu manger, reprendre leur croissance, débuter une puberté et retourner à l’école, tout ça sans effet secondaire. Ils ont été guéris des symptômes de la maladie. “On les a remis dans la vie”, conclut Christine Bodemer qui a l’espoir d’obtenir de nouvelles idées thérapeutiques grâce à cette technique de recherche.

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