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QUESTION D'ACTU

Protéine tau

Alzheimer : des chercheurs arrivent à prédire l'évolution de la maladie

Grâce à de nouvelles techniques d'imagerie cérébrale, des chercheurs ont réussi à prédire l'évolution de la neurodégénérescence de patients atteints atteints d'Alzheimer. A terme, ces découvertes pourraient permettre d'aboutir à des traitements personnalisés. 

Alzheimer : des chercheurs arrivent à prédire l'évolution de la maladie SIphotography/iStock

  • Publié 03.01.2020 à 14h00
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La maladie d’Alzheimer est la première cause de démence à travers le monde. D’après l’OMS, 50 millions de personnes en sont aujourd’hui atteinte et, en raison du vieillissement de la population, ces chiffres ne sont pas prêts de s’améliorer. Mais aujourd’hui, des scientifiques du Centre de la mémoire et du vieillissement de l'université de San Francisco (UCSF, Etats-Unis) ont fait une grande avancée dans ce domaine. Grâce à de nouvelles techniques d’imagerie cérébrale, ils ont réussi à prédire l’évolution de la disparition des neurones du cortex cérébral au cours de la maladie. Les résultats de cette étude sont parus le 1er janvier dans la revue Science Translational Medecine. A terme, leurs découvertes pourraient aider à affiner le pronostic des malades et de personnaliser leur traitement.

Alzheimer se caractérise par des dépôts de protéines amyloïdes qui forment des plaques entre les neurones d’abord et des dépôts de protéines tau à l’intérieur des neurones ensuite. Pendant des années, les chercheurs se sont concentrés sur l’importance des plaques amyloïdes et ont mis au point des médicaments ciblant cet aspect là de la maladie. Aujourd’hui, de plus en plus de scientifiques s’intéressent à tau, qui pourrait être selon eux un important marqueur biologique de la maladie. 

“Personne ne doute que l'amyloïde joue un rôle dans la maladie d'Alzheimer, mais de plus en plus de découvertes sur le tau commencent à modifier la façon dont les gens pensent à ce qui est réellement le moteur de la maladie, explique le professeur Renaud La Joie, auteur principal de la nouvelle étude. Pourtant, rien qu'en examinant le tissu cérébral post-mortem, il a été difficile de prouver que les enchevêtrements tau causent la dégénérescence du cerveau et non l'inverse. Un des principaux objectifs de notre groupe a été de développer des outils d'imagerie cérébrale non invasifs qui nous permettraient de voir si la localisation de l'accumulation de tau au début de la maladie prédit une dégénérescence cérébrale ultérieure.”

“Tau est un facteur de clé de la neurodégnérescence”

Au cours de leur étude, Renaud La Joie et ses collègues ont recruté 32 participants au stade clinique précoce de la maladie d’Alzheimer et leur ont fait subir une tomographie par émission de positons (TEP) grâce à deux traceurs différents pour mesurer les niveaux de protéine amyloïde et de protéine tau dans leur cerveau. Les participants ont aussi passé des examens IRM pour mesurer l'intégrité structurale de leur cerveau, au début de l’étude puis lors de visites de suivi un à deux ans plus tard.

Les chercheurs ont alors réalisé que les niveaux globaux de protéine tau dans le cerveau des participants au début de l’étude permettait de prédire l’ampleur de la dégénérescence 15 mois plus tard. Qui plus est, les modèles d’accumulation de tau prédisaient l’atrophie aux mêmes endroits avec plus de 40% de précision.

“Le fait de voir que l'accumulation de tau prédit l'endroit où la dégénérescence se produira appuie notre hypothèse selon laquelle le tau est un facteur clé de la neurodégénérescence dans la maladie d'Alzheimer”, explique Renaud La Joie.

Des prédictions très puissantes 

La TEP a également permis de révéler que les jeunes participants de l’étude avaient des niveaux globaux de tau plus élevés dans le cerveau et un lien plus étroit entre le tau de base et l’atrophie cérébrale subséquente. Ainsi, d’autres facteurs, comme d’autres protéines anormales ou des lésions vasculaires, pourraient jouer un rôle dans l’apparition tardive d’Alzheimer. 

“La correspondance entre la propagation de la tau et ce qui est arrivé au cerveau l'année suivante était vraiment frappante”, explique le neurologue Gil Rabinovici, chef du programme d'imagerie TEP au Memory and Aging Center de l'UCSF. “L'imagerie TEP Tau a permis de prédire non seulement l'ampleur de l'atrophie que nous verrions, mais aussi les endroits où elle se produirait. Ces prédictions étaient beaucoup plus puissantes que tout ce que nous avons pu faire avec d'autres outils d'imagerie, et ajoutent à la preuve que la tau est un facteur important de la maladie”, poursuit-il. 

Ces découvertes pourraient donc permettre de mettre au point des médicaments plus efficaces et de personnaliser davantage les soins aux personnes atteintes de démence. Cela est aujourd’hui impossible en raison d’une grande variabilité de la maladie d’un patient à l’autre.

“Donner aux patients une idée de ce à quoi ils peuvent s’attendre”

“L'une des premières choses que les gens veulent savoir lorsqu'ils entendent un diagnostic de maladie d'Alzheimer est simplement ce que l'avenir leur réserve, à eux ou à leurs proches. S'agira-t-il d'un long effacement de la mémoire ou d'un déclin rapide vers la démence ? Combien de temps le patient pourra-t-il vivre de façon autonome ? Perdra-t-il la capacité de parler ou de se déplacer seul ? Ce sont des questions auxquelles nous ne pouvons pas répondre actuellement, sauf en termes très généraux, continue Gil Rabinovici. Maintenant, pour la première fois, cet outil pourrait nous permettre de donner aux patients une idée de ce à quoi ils peuvent s'attendre en révélant le processus biologique sous-jacent à leur maladie.”

Plus de 200 000 nouveaux cas de démence diagnostiqués chaque année en France  

“La TEP tau pourrait être un outil de médecine de précision extrêmement précieux pour les futurs essais cliniques (…) La capacité de suivre de manière sensible l'accumulation de tau chez les patients vivants permettrait pour la première fois aux chercheurs cliniques de trouver des traitements qui peuvent ralentir ou même prévenir la trajectoire spécifique de l'atrophie cérébrale prédite pour chaque patient”, conclut-il.

En France, plus de 1 175 000 personnes souffrent de la maladie d'Alzheimer. La maladie se manifeste le plus souvent par des troubles de la mémoire, puis, d’autres fonctions cérébrales sont touchées. Progressivement, les tâches quotidiennes sont de plus en plus difficiles et s’adapter à de nouvelles situations devient quasiment impossible pour les malades. Chaque année, plus de 200 000 nouveaux cas d’Alzheimer ou d’une autre forme de démence sont diagnostiqués.

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