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Inquiétudes

Overdoses d'opioïdes en France : un antidote jugé encore trop difficile d'accès

D'après l’association France Patients Experts Addictions (FPEA) et plusieurs experts, les kits délivrant de la naloxone pour sauver la vie des patients qui font des overdoses aux opioïdes sont encore trop difficiles d'accès en France. 

Overdoses d'opioïdes en France : un antidote jugé encore trop difficile d'accès MOUSSA81/ISTOCK

  • Publié 02.09.2019 à 20h00
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"Plus de 500 décès par surdose, dont près de 80% en lien avec les opioïdes recensés en 2017, auraient pu être évités". Tel a été en substance le message du ministère de la Santé à l’occasion de la journée internationale de sensibilisation et de prévention des overdoses qui a eu lieu le 31 août. Il existe pourtant un anditote pour les accidents de ce genre. "Les personnes à risque de surdose peuvent d’ores et déjà se voir remettre gratuitement la naloxone (médicament connu pour contrer les effets mortels de la drogue, NDLR) prête à l’emploi en sortie d’hospitalisation ou d’unités sanitaires et dans les structures dédiées d’addictologie", explique le ministère sur son site. Mais d’après l’association France Patients Experts Addictions (FPEA) et plusieurs experts, ces kits sont trop difficile d’accès.

Bien que la situation en France n’ait rien à voir avec la crise des opioïdes qui touche les Etats-Unis (elle a entraîné 70 000 décès en 2017), elle est toutefois de plus en plus inquiétante. "Entre 2000 et 2015, les décès par overdoses d'opioïdes médicaments (hors héroïne et méthadone) sont passés de 75 à 200 (…) et c'est probablement une sous-estimation", explique le Pr Nicolas Authier de l'Observatoire français des médicaments antalgiques (Ofma).

A l’heure actuelle, deux kits d’antidote prêts à l’emploi pour stopper l’overdose en attendant les secours sont disponibles en France. Le Prenoxad, une forme injectable en intramusculaire, existe depuis mai 2019. Les pharmacies peuvent le vendre à 23 euros avec ou sans ordonnance. Mais sur prescription, il n’est remboursé qu'à 65%. Quant au spray nasal Nalscue, commercialisé depuis 2018, non seulement il n’est pas remboursé en raison d’un manque d’accord avec les pouvoirs publics, mais on ne le trouve que dans les hôpitaux et des centres d’accueil et de soins spécialisés dans les addictions (CSAPA et CAARUD) dont parle le gouvernement sur son site. 

Remplacer au plus vite le spray Nalscue 

C’est pourquoi, France Patient Experts Addictions réclame une plus large accessibilité de l’antidote, son remboursement à 100% sur ordonnance et la vente en pharmacie de sprays accessibles ainsi que des distributions gratuites là où c’est nécessaire.

"D'après un testing réalisé avec une association d'usagers de drogues, l'antidote n'était présent que dans une pharmacie sur quarante et les deux-tiers des pharmacies ne connaissaient pas ce produit", déplore le Pr Michel Reynaud, président du Fonds actions addictions. Par ailleurs, les pharmaciens doivent commander le produit injectable directement au laboratoire, ce dernier n’étant pas référencé par les grossistes, prévient-il.

Albert Caporossi, patient-expert et vice-président de la FPEA, voudrait quant à lui doter les services de secours, tels que la police, les pompiers et la gendarmerie, du spray. Il aimerait également qu’"un accord intervienne vite sur le prix de trois nouveaux sprays" pour remplacer Nalscue dont l’arrêt de la commercialisation a par ailleurs été annoncé en 2020.

Arriver à trouver un équilibre

Mais faciliter l’accès à l’antidote ne réglera pas le problème des addictions aux opioïdes. "Il ne suffit pas de faire un plan de lutte contre les overdoses, il faut une mobilisation et une formation des professionnels (médecins, pharmaciens...) mais aussi des consommateurs, y compris pour ceux qui prennent des opioïdes contre le mal au dos et d'autres douleurs chroniques et leurs proches afin justement que les 80% de morts reconnus comme évitables par le ministère soient évités", commente le Pr Michel Reynaud.

En effet, depuis les années 90, les prescriptions d’antalgiques opioïdes (tramadol, codéine…) ont explosé pour concerner 10 millions de personnes en 2015. En 2017, ils représentaient 22% de l’ensemble des antidouleurs consommés pour prendre en charge les douleurs cancéreuses certes mais également pour soulager les douleurs chroniques dont souffrent 10 à 12 millions de Français. Quant aux opioïdes forts (oxycodone, morphine, fentanyl), leur prescription a augmenté de 150% en dix ans. Ainsi, pour prendre en charge la douleur de façon appropriée sans créer de risque d’addiction, il faudrait avant tout arriver à un équilibre entre le bon dosage et l’accessibilité des médicaments à base d’opiacés.

Si des antidotes contre les overdoses existent déjà, des chercheurs américains sont récemment allés plus loin en mettant en point un appareil capable de les détecter et de délivrer automatiquement la naloxone laissant le temps aux secours d’emmener la victime à l’hôpital. Car quand ils font une overdose, les toxicomanes sont souvent seuls et dans l’incapacité de réagir. Cet outil n’en est pour l’heure qu’au stade expérimental mais à terme il pourrait bien sauver la vie de centaines de milliers de personnes. A condition bien sûr d’être facilement disponible.

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