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QUESTION D'ACTU

1er épisode

Il y a cinquante ans : l’histoire (presque) secrète de la première greffe cardiaque… Quel mois de décembre

Le Pr Jean-Noël Fabiani est un des rares chirurgiens à avoir greffé des dizaines de cœurs pendant sa carrière de chef du prestigieux service de chirurgie cardiaque de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris. Jeune retraité, il se consacre désormais à l’histoire de la médecine en publiant des best-sellers d’une très grande qualité*. Il va nous faire vivre, en 3 épisodes, la formidable épopée de la première greffe du cœur réalisée par le Pr Christiaan Barnard, il y a juste 50 ans. Le 3 décembre, un jeune chirurgien inconnu du Cap, en Afrique du Sud, faisait la première transplantation cardiaque. Ce fut un retentissement mondial. * Ces trente histoires insolites qui ont fait la médecine. Jean-Noël Fabiani. Plon éditeur 2017

Il y a cinquante ans : l’histoire (presque) secrète de la première greffe cardiaque… Quel mois de décembre pressmaster/epictura

  • Publié 30.11.2017 à 23h10
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1er épisode : Le Cap, Afrique du Sud, Groote Schuur Hospital, 2 janvier 1968. Quel mois de décembre !

Le Dr Barnard avait fait la première transplantation cardiaque, le 3, sur ce pauvre Louis Washkansky. Et il venait de mourir. Il faut dire qu’on y avait été fort sur les immunosuppresseurs pour tenter d’éviter le rejet. Trop, sans doute. En pratique, on ne savait pas très bien comment faire en cas de greffe cardiaque, et on avait navigué à vue. On s’était inspiré des doses qu’on donne en transplantation rénale, c’était logique. Mais le cœur n’était pas le rein. En tout cas, le patient avait fait une pneumonie bilatérale, sans doute était-il trop déprimé par les médicaments et s’était-il mal défendu contre l’infection malgré les doses d’antibiotiques considérables qu’il avait reçues. Et, malgré l’assistance respiratoire, il était mort.

La première transplantation cardiaque en tant qu’événement médiatique avait fait le tour du monde.

Il avait osé. Lui, Christiaan, il avait osé !

Il fallait bien que quelqu’un se lançât. Quand il avait rendu visite à Norman Shumway à Stanford, il avait bien compris que tout était au point. Mais Shumway hésitait à sauter le pas. On n’était pas très clair aux Etats-Unis en 1967 pour définir exactement ce qu’était la mort. Bien sûr, tous les médecins le savaient : seule la mort du cerveau signait véritablement le décès. Mais certains continuaient à penser que tant que le cœur battait, la vie restait possible. Shumway hésitait. Non pas qu’il ne fût pas certain de la technique de greffe qu’il avait passé plus de dix années à mettre au point chez l’animal, mais il redoutait les conséquences dans le grand public que ne manquerait pas d’entraîner la première chez l’homme, avec son cortège de discussions, de prises de position des associations, des ligues et des religions. Lui, Christiaan, il avait profité de ses atermoiements et, dès qu’il avait eu le bon cas et le bon donneur, il avait plongé !

— Jesus ! Dit lyk of dit gaan werk !

« Jésus, il semble que ça va marcher », s’était-il écrié en afrikaans, la langue de son enfance, quand il avait vu le cœur de Denise Darvall se contracter à nouveau dans la poitrine de Louis Washkansky. Cela avait entraîné la tempête médiatique la plus extraordinaire de l’histoire de la médecine : première page des journaux du monde entier, télévisions, radios, interviews de toutes sortes. Même les magazines féminins et les revues de rock avaient parlé de lui. Il était devenu une vedette en quelques jours. On avait beaucoup parlé de ses qualités exceptionnelles de chirurgien, de son physique de jeune premier, de son équipe exceptionnelle au Groote Schuur Hospital du Cap. Localement, dans le pays, tout le monde le soutenait. Les membres du gouvernement l’avaient particulièrement félicité. Ce succès était le bienvenu pour l’image de marque de l’Afrique du Sud, tellement contestée dans le monde, apartheid oblige...

Mais Christiaan Barnard savait bien que, dans le monde médical, le discours n’était pas tout à fait le même. Bien sûr, ses collègues interrogés dans le monde entier avaient salué l’opération. Même Shumway l’avait félicité de son succès...

Sportifs, les chirurgiens !

Cependant, seulement trois jours après l’opération de Washkansky, Kantrowitz, à Brooklyn, faisait lui aussi une transplantation, et chez un bébé de dix-neuf jours. Christiaan Barnard savait bien qu’en sous-main, on l’accusait d’avoir fauché à l’équipe de Stanford la gloire qui aurait dû lui revenir, étant donné le temps de recherche engagé et la notoriété mondiale de ses membres.

S’il voulait ne pas passer pour un opportuniste, il se devait de transformer l’essai. Cela avait un sens au pays des Springboks ! Il fallait recommencer et réussir. Le premier cas, Louis Washkansky, était mort dix-huit jours après l’intervention. Le second devait être un véritable succès.

 

 

 

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