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QUESTION D'ACTU

Dr Claude Leicher, MG France

Affaire du Levothyrox : "une brèche dans la politique du générique"

ENTRETIEN. Le syndicat MG France estime que la mention "Non substituable" n'a plus vocation à exister si le choix des médicaments revient aux patients. 

Affaire du Levothyrox : \ minervastock/epictura

  • Publié 19.09.2017 à 18h07
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La mention « Non substituable » devrait disparaître des ordonnances. C’est en tout ce que pense le syndicat de médecins généralistes MG France après la déclaration de la ministre des Solidarités et de la Santé sur France Inter. 

Interrogée sur le Levothyrox, Agnès Buzyn a expliqué que l’ancienne formule serait disponible sous les 15 jours. Mais étant donné que la fin de la production de ce médicament a été annoncée, la ministre a fait en sorte qu d’autres médicaments soient disponibles dans le mois qui vient. « Ces alternatives permettront aux patients de pouvoir choisir le médicament qui leur convient le mieux, ce qui compte c’est que les patients aient le choix », a-t-elle ajouté.

Et c’est là où le bât blesse pour MG France. Le Dr Claude Leicher, président du syndicat, explique que pour satisfaire les demandes des patients, les médecins devront indiquer « Non substituable » sur les prescriptions. Or l’utilisation de cette mention doit répondre à un besoin réel, rappelle-t-il dans un entretien accordé à Pourquoidocteur.


Pourquoi proposez-vous de mettre fin à la mention « Non substituable » ?
Dr Claude Leicher : Quand un patient rapporte avoir des problèmes avec un générique et que nous lui prescrivons un médicament princeps, nous devons inscrire la mention « Non substituable » sinon le pharmacien délivre un générique à la place du médicament d’origine. Donc dans les rares cas où cela est justifié, nous inscrivons cette mention.

Or dans le cas du Levothyrox, la ministre a dit que si les patients voulaient l’ancienne formule, les médecins devront la prescrire. Cela veut donc dire que ce sont les patients qui choisissent la formulation et non plus les médecins. Et pour éviter la substitution par le pharmacien, les médecins devront ajouter la mention « Non substituable ».

Il n’existe aujourd’hui aucune raison médicale avérée pour le faire. Pourtant, la ministre nous dit que c’est comme cela que l’on va faire. Si cela est vrai pour le Levothyrox, il n’y a pas de raisons que des patients ne viennent pas nous voir pour d’autres médicaments.

Pour nous, c’est une brèche dans la politique du générique. Nous demandons donc la disparition de cette mention. Le médecin doit prescrire ce qu’il estime nécessaire, et le pharmacien substitue. Si le patient ne veut pas, il doit alors payer ses médicaments ou être moins bien remboursé.

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Dans certaines situations, la substitution est compliquée (1). N’est-il pas dangereux pour les patients de recommander la suppression de cette mention ? 
Dr Claude Leicher : Pas du tout car le patient a le droit de refuser le générique. A ce moment là, le pharmacien délivre le princeps et le patient ne peut pas bénéficier du tiers payant. Mais ce n’est plus l’affaire des médecins.

Les autorités ne peuvent pas nous demander de défendre la politique du générique et en même temps dire que c’est au patient de choisir son médicament.

 

Ecoutez...
Ecoutez l'intégralité de l'entretien Claude Leicher 

 

Les patients sont-ils assez informés sur ces médicaments, notamment par leur médecin ?
Dr Claude Leicher : Nous répétons depuis 15 ans que les génériques contiennent les mêmes principes actifs, les mêmes dosages et les mêmes biodisponibilités. Aujourd’hui, ce n’est pas une question de sensibilisation ou de manque d’informations, c’est une question de méfiance instinctive vis-à-vis des pouvoirs publics. La France est dans un état de semi-rébellion permanent.

Il faut dire qu’en matière de santé publique, les pouvoirs publics ont vraiment fait la preuve d’une certaine difficulté à défendre l’intérêt de la population. Donc aujourd’hui quant l’Etat dit quelque chose, la population se méfie.

Les médecins eux-mêmes ne sont-ils pas un peu méfiants envers les génériques ?
Dr Claude Leicher : Non. Nous sommes aujourd’hui à un taux de substitution par les pharmaciens aux alentours de 80 %. Si les médecins avaient voulu s’y opposer, ils auraient indiqué « non substituable » à toutes les lignes d’ordonnance. Il n’y a pas de problème du côté des médecins. En revanche, il est vrai qu’il existe encore quelques praticiens dissonants mais ils ne représentent qu’une minorité de récalcitrants.


(1) Dans le cas des médicaments contre l’épilepsie ou certaines spécialités cardiovasculaires, la substitution nécessite des précautions. En effet, le remplacement du princeps par un générique ou d’un générique par un autre peut entraîner une modification de la balance bénéfices/risques pour les patients. C’est pour cette raison que les autorités sanitaires recommandent de prescrire un générique dès le début du traitement.

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