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Grâce à la génétique

Epilepsie : des traitements plus ciblés

Les causes génétiques de l'épilepsie sont de mieux en mieux connues. Des avancées qui permettent de développer des traitements plus ciblés.

Epilepsie : des traitements plus ciblés sudok1/epictura

  • Publié 08.02.2017 à 14h35
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C’est le trouble neurologique le plus fréquent après la migraine. En France, un demi-million de personnes vivent avec une épilepsie. Le mal est ancien : des écrits de l’Antiquité en font mention. Mais à l’heure de la cartographie génétique et des thérapies ciblées, la prise en charge se concentre encore sur les symptômes. Le secteur pourrait pourtant connaître une révolution dans les années à venir. La connaissance des facteurs génétiques s’améliore et les pistes thérapeutiques avec. A l’occasion de la Journée internationale de l’épilepsie, ce 8 février, Pourquoidocteur fait le point.

Les épilepsies ont une origine génétique dans 70 à 80 % des cas. Mais quels sont les gènes impliqués dans ce trouble neurologique ? A ce jour, plus d’une centaine d’entre eux ont été mis au jour, avec une nette accélération au cours des dernières années. « On sait actuellement que le défaut des convulsions bénignes néonatales familiales se trouve sur le chromosome 20q13 », illustre le Dr Mihaela Vlaicu, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Agir en amont des crises

La progression de ces connaissances est la clé de voûte du progrès dans le domaine de l’épilepsie. En identifiant les mécanismes génétiques et épigénétiques à l’œuvre, il devient possible d’orienter la recherche. Ainsi, « on connaît le défaut génétique des encéphalopathies très graves, explique le Dr Vlaicu. On mène des essais thérapeutiques pour savoir si on peut s’y attaquer. » L’idée est simple, sur le papier : corriger les modifications dans l’expression du génome plutôt que de traiter les symptômes.

Cette étape a notamment été franchie avec l’évérolimus. Cet inhibiteur du système mTor est surtout utilisé en cancérologie. Mais il a obtenu une extension d’indication en Europe dans la sclérose tubéreuse de Bourneville, une maladie rénale. Avec un effet additionnel, mis en lumière dans le Lancet : les crises d’épilepsie associées à la maladie reculent. Selon la dose administrée, 30 à 40 % des patients voient la fréquence des crises diminuer.

5 à 6 ans d’attente

Pour Mihaela Vlaicu, il est possible d’aller plus loin. « A partir des découvertes en génétique on peut développer de nouveaux traitements », estime-t-elle. Ces traitements ciblés ont l’ambition de modifier la maladie, au lieu d’éviter l’apparition des symptômes. En revanche, pas question de développer des thérapies géniques. La maladie est beaucoup trop complexe.

Ecoutez...
Dr Mihaela Vlaicu, neurologue à la Pitié-Salpêtrière : « L'origine génétique de l'épilepsie est de 80 %. Mais entre 2012 et 2015, plus de 30 nouveaux gènes ont été découverts. On ne peut pas traiter 30 gènes à la fois. »


Ces avancées sont prometteuses pour les patients. Car si la majorité répondent bien aux traitements, 30 % des formes d’épilepsie sont pharmaco-résistantes, c’est-à-dire que les médicaments n’ont pas d’effet. Dans les autres cas, il est souvent nécessaire de tester plusieurs molécules avant de parvenir à un résultat satisfaisant. Avec les tests génétiques, « on pourra poser un diagnostic moléculaire qui peut influencer le choix du traitement antiépileptique », anticipe Mihaela Vlaicu.

Mais ce domaine est peu avancé. La plupart des études cliniques sont en phase II. « Il faudra attendre 5-6 ans pour avoir de nouvelles options thérapeutiques », évalue la neurologue. Sans compter que, comme le rappelle Romain Lignelet dans une thèse dédiée à ce sujet, « il n’y a que 10 % de chances que le développement complet (d’un médicament) soit approuvé par les autorités de régulation ».

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La neurostimulation au secours des patients

Lorsque les médicaments échouent, la chirurgie est une option de prise en charge des patients épileptiques. Selon la zone touchée, plusieurs techniques de résections sont possibles. Mais des alternatives moins invasives, qui s’appuient sur la neuromodulation, sont en cours de développement.

Cette stimulation cérébrale s’inspire de la nouvelle définition de l’épilepsie. « Elle est le fruit d’un réseau épileptogène », résume le Dr Mihaela Vlaicu. D’où l’idée de moduler ces réseaux. La technique la plus avancée est la stimulation du nerf vague. Elle a récemment été mise en place en France, avec des résultats probants. « Pour les épilepsies pharmaco-résistantes, et sans solution chirurgicale, l’amélioration est de 50 à 60 % », chiffre la neurologue de la Pitié-Salpêtrière.

D’autres techniques sont à l’essai, dont la stimulation cérébrale profonde qui pourrait être appliquée à différents noyaux cérébraux. En ligne de mire se situe l’optogénétique. Mais l’horizon est lointain. Actuellement, cette technique n'est utilisée que de manière expérimentale, sur des modèles animaux.

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