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QUESTION D'ACTU

Addiction

Quand le jeu devient une souffrance

En ouvrant un site pour les joueurs compulsifs, l'Inpes tente d'apporter une écoute à des personnes qui souffrent. De leur côté, les médecins les aident à contrôler leurs émotions. 

Quand le jeu devient une souffrance ZEPPELIN/SIPA

  • Publié 26.01.2013 à 21h38
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« Ca fait maintenant 2 ans que j’ai appris que ma fille jouait. (…) Dès qu’elle peut, elle joue. Elle en est à plus de 10 000 € joués depuis 2 ans. Elle n’a aucune limite car vu que je garde sa carte bleue, (...) elle m’a volé de l’argent. Pensez vous qu’il y a une issue car là, je suis à bout ».
Posté par une internaute sous pseudonyme, ce témoignage est le premier appel à l’aide reçu sur joueurs-infos-service.fr. Tout comme ses cousins tabac-info-service.fr et alcoolinfoservice.fr, ce site web consacré à la prévention des risques liés aux jeux d’argent est piloté et financé par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes). Il vient compléter la ligne téléphonique mise en service en même temps que la libéralisation des jeux d’argent en ligne, en 2010.
On y trouve des conseils pour se donner des limites, gérer ses problèmes d'argent, ou pour venir en aide aux proches. Le site s'adresse autant aux joueurs qu'à leurs familles, souvent impuissantes face à ce phénomène.

Si les joueurs pathologiques sont plutôt rares (l'Inpes les estime à 200 000, soit 0,4% des parieurs), les troubles dont ils souffrent très graves. Endettement, désengagement social, dépression sont monnaie courante, et peuvent déboucher sur des conséquences fatales : on estime que 10 % des personnes qui se suicident éprouvaient des problèmes liés aux jeux d’argent. Mais comment sort-on de cette dangereuse spirale ?

Plusieurs approches sont possibles. Parmi elles, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ont déjà démontré leur efficacité. « Elles reposent sur un travail d’éducation des joueurs, pour les débarrasser de leurs illusions. Ces derniers sont en effet souvent persuadés d’exercer un certain contrôle sur le hasard, ce qui est évidemment faux », explique Marc Valleur, psychiatre et directeur de l’hôpital Marmottan à Paris. Les TCC leur permettent également de mieux gérer leurs émotions, qui les submergent lorsqu’ils sont en train de jouer : en les contrôlant, les joueurs évitent ainsi de perdre tout sens rationnel.
Pour appréhender l’addiction dans son intégralité, les médecins proposent souvent d’autres approches en complément, telles que la participation à des groupes d’entraide, une prise en charge sociale, voire un traitement à base de médicaments, tels que la naltrexone, un inhibiteur des circuits cérébraux de la récompense utilisé chez les alcooliques.
Malgré ces thérapies, les addictions aux jeux d’argent demeurent difficiles à soigner. Premièrement, parce que « le patient vit son addiction au jeu comme un vice, et qu’il est réticent à en parler », prévient le spécialiste. Une difficulté qui devrait s’atténuer grâce à des structures d’écoute telles que joueurs-info-service. L’autre écueil, il n’existe pas un profil-type du joueur dépendant. « Certains sont impulsifs et recherchent le plaisir dans le jeu. D’autres, au contraire, jouent pour échapper à une souffrance et oublier leurs problèmes : on ne peut pas les aider de la même manière », ajoute le spécialiste.

Mais la contrainte la plus importante, c’est sans doute l’argent qui manque pour développer des structures de soins. « Nous manquons cruellement de moyens pour mettre en place un vrai réseau de soins. La loi de 2010 a prévu son financement, mais nous attendons toujours l’argent », soupire Marc Valleur. 

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