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Humanitaire

La santé des Roms en danger

Les Roms sont dans une situation sanitaire déplorable. Les associations souhaitent que les autorités et les soignants relèvent  le défi de la santé face à la précarité.

La santé des Roms en danger BAZIZ CHIBANE/SIPA

  • Publié 26.08.2012 à 14h56
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La récente évacuation d’un campement de Roms à Villeneuve d’Ascq a réveillé des mauvais souvenirs à Marseille. Cet hiver, les expulsions de Roms se sont multipliées dans la capitale phocéenne. Un vrai casse-tête pour Médecins du monde qui mène des actions pour améliorer l’accès aux soins de ces populations précaires.
« Il y avait un pic d’épidémie de rougeole particulièrement fort dans les Bouches-du-Rhône, se souvient Dominique Haezebrouck, chargé de mission MDM à Marseille. Et comme le taux de vaccination est particulièrement bas dans les campements Roms, nous avons décidé de lancer une campagne de vaccination contre la rougeole. La première vague a été très satisfaisante puisque nous avons vacciné quasiment 400 enfants. Ensuite, avec l’Agence régionale de santé, nous avons demandé à la Préfecture de faire une pause dans les expulsions ». 
« Malheureusement, nous n’avons pas été entendu, regrette Dominique Haezebrouck. Les expulsions se sont même multipliées. Du coup, nous n’avons pas pu effectuer les rappels. Ce n’est pas comme si nous n’avions rien fait mais, sans la 2ème vague, c’est quand même nettement mois efficace ». En clair, à cause de la situation politique, la santé des Roms relève toujours de l'urgence. La prévention reste un échec.


Ecoutez Dominique Haezebrouck, chargée de mission chez Médecins du monde : « Pratiquement, aucune femme enceinte dans la population Roms n’est suivie médicalement ».



Pour Médecins du Monde, la santé des Roms est en danger. La mortalité néonatale chez les Roms est huit fois supérieure à la moyenne française et la mortalité infantile, cinq fois. Autre indicateur de santé alarmant, la faible espérance de vie, entre 50 et 60 ans, soit près de 18 ans de moins que la moyenne européenne. 
Entre 15.000 et 20.000 Roms habitent actuellement en France, selon les associations.
« Ce sont nos indiens d’Europe », s’attriste le Dr Christophe Adam, généraliste, responsable de la mission Roms de Médecins du Monde à Bordeaux. « Les politiques nationales et européennes font qu’ils n'ont pas le droit de travailler, ni accès au système de soins, encore moins au logement ou à l'école pour leurs enfants. Alors ils s'entassent dans des lieux insalubres, d'où les villes les rejettent, avant de fermer, casser et parfois de rouvrir faute de solution. »

Comme huit autres pays européens, la France limite le droit des Roumains et des Bulgares de travailler sur son territoire. En l'occurrence, elle exige qu'ils disposent d'un permis de travail et le versement d’une taxe à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) par l’employeur. Une procédure simplifiée existe pour seulement 150 métiers, pour lesquels un permis de travail est délivré quelle que soit la situation sur le marché de l'emploi. Cette situation devrait changer. Le 22 août dernier, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault présidait une réunion interministérielle, où il a promis « fermeté » et « humanité ».

A la suite de la réunion, Matignon s’est engagé « à examiner, après discussions avec les Etats concernés (Roumanie, Bulgarie, ndlr), l'hypothèse d'une levée anticipée des mesures transitoires qui restreignent l'accès de Roms au marché du travail français, par rapport aux autres ressortissants communautaires ». Il s'agira à la fois de supprimer la taxe « due par les employeurs de ces personnes » à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) et d'élargir « de manière très importante les métier auxquels ils peuvent avoir accès ».
A cela, il faut ajouter, que le gouvernement a supprimé la franchise de 30 euros qui ouvrait le droit à l’aide médicale d’Etat (AME).  Mais, le Premier ministre a précisé également que "les décisions de justice continueront à être appliquées", ce qui signifie que les campements illégaux continueront à être démantelés.
Le Docteur Adam était à la réunion interministérielle. « Ce sont de petites avancées, qui ne concerneront qu’une minorité de personnes. Les Roms sont une population fragile qui mériterait qu’on aborde ses difficultés sous un angle moins polémique et moins politicien… On aimerait bien ne plus parler de Roms mais d’Européens pauvres, ce n’est pas une question ethnique mais de pauvreté. Il faut élargir le débat ».

Ecouter le Dr Christophe Adam, responsble de la mission Rom Médecins du Monde à Bordeaux. « La question des Roms, c’est la question des populations pauvres en Europe ».
 


Les Roms ont les mêmes problèmes que tous ceux qui n’ont pas accès aux soins, à la prévention, au logement, à l’hygiène et à l’eau. « Le grand sujet, c’est comment  faciliter l’accès des soins primaires aux personnes en situation précaire, qu’elles quelles soient, poursuit le Dr Adam, qui enseigne à la faculté de médecine de Bordeaux notamment dans le cadre d’un diplôme universitaire « Santé et précarité ».

Un bas seuil d'exigence
Pour relever le défi, un engagement des autorités publiques, nationales et locales, est nécessaire. Les professionnels de santé ont aussi un effort à faire selon Christophe Adam. « Pour prendre soin des personnes confrontées à la précarité, il faut une approche spécifique. Cela signifie aller au-devant d’elles et appliquer un bas seuil d’exigence. »
Aller au-devant ? Un programme national de médiation sanitaire auprès des Roms a démarré en 2011. Quatre villes, Nantes, Fréjus, Lille et Paris, expérimentent l’intervention d’un médiateur qui fait le lien entre ces populations et les acteurs médico-sociaux. Il peut former des femmes relais, développer des actions d’éducation à la santé pour leur faciliter un accès autonome aux soins, l’observance des traitements et mobiliser les soignants.
Un bas seuil d’exigence qu’est-ce que cela signifie ? « Le concept de bas seuil d’exigence a été construit et pensé au départ dans le champ de la toxicomanie, rappelle Christophe Adam, à un moment où en pleine épidémie de sida, des médecins se sont dit, ce n’est plus possible, ces personnes se contaminent parce qu’ils n’ont pas accès aux seringues propres. Alors plutôt que de commencer par soigner leur toxicomanie, faisons en sorte qu’ils ne se contaminent pas, donnons leur accès à des seringues stérilisées. L’idée s’est d’abord se demander où en sont les gens, d’adapter le projet de soin à leur niveau, et ensuite de faire évoluer la situation petit à petit ».
Ensuite, ce principe s’est décliné dans plusieurs champs. Par exemple, dans le contrôle du diabète. « J’ai une femme diabétique qui est à la rue en ce moment, explique Christophe Adam, si je suis les recommandations en diabétologie, pour contrôler sa maladie, cette personne devrait avoir quatre injections d’insuline par jour… C’est impraticable dans sa situation. Du coup, je négocie avec elle au moins deux injections, alors son taux d’hémoglobine glyqué ne sera pas à 7 comme le déterminent les recommandations mais l’important, c’est qu’elle ne fasse pas de crise d’hypoglycémie, et qu’elle poursuive son traitement… » Christophe Adam milite pour que les professionnels adaptent les recommandations et construisent des outils pour répondre aux besoins de santé des personnes en situation fragile. Par exemple, face à la précarité, comme contre le cancer, il serait utile d’instaurer des réunions de concertation pluridisciplinaire.


Ecouter le Dr Christophe Adam
. Dans les situations aussi compliquée que la précarité, est-ce que les médecins n’ont pas besoin comme les cancérologues  d’être plusieurs ?
 


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