Publicité

QUESTION D'ACTU

Je suis un vrai cœur d’artichaut


  • Publié 16.05.2016 à 19h16
  • |
  • |
  • |
  • |


Certains tombent amoureux tout le temps. Souvent. Bien trop souvent. Et c’est là que le bât blesse, leur histoire d’amour cesse dès que la passion s’est éteinte. Un bon moyen de n’avoir pas à vivre l’amour en profondeur et dans la durée. Tel Frédéric, le héros de l’Education sentimentale (1), ce qui compte davantage, c’est aimer l’Amour plutôt que d’aimer l’autre. Enchaînant passions et mirages, ils aiment, se consument, exultent puis sont déçus par l’affadissement de la relation et la mèche s’éteint. Pourquoi ces éternelles répétitions ? Ces amours idéalisées et finalement abandonnées ?

 Certains aiment à l’envi parce qu’ils ont le sentiment d’exister et de vivre plus fort. Chaque nouveau désir, chaque nouvelle aventure les enflamme. Ils sont prêts à séduire mais incapables de s’engager. Ce sont des collectionneurs qui cherchent la perle rare, des joueurs persuadés que l’amour suivant sera le plus sublime. Etre aimés, les rassure sur leur désir et sur leur féminité ou leur virilité. La psychologue Maryse Vaillant écrivait à ce propos dans Les hommes, l’amour et la fidélité : «  Plus encore que la mort, ce qui est redouté, c’est la castration, et plus encore que la castration, la disparition du désir. D’où la nécessité de séduire toujours ».

Parfois, la réalité est plus banale, c’est la vie qui est décevante et frustrante, trop routinière, pas assez aventureuse, alors on va chercher dans l’emportement amoureux et le renouvellement de la passion le moyen d’éviter la grisaille et la déception. On s’offre des émotions. On s’offre même l’image d’un héros dont le cœur bat la chamade. On est capable d’élans. On est sincère au moins et quand l’amour est parti, on s’en va aussi, pas comme tous ces pauvres couples qui absorbent la médiocrité d’un amour sans passion et s’en contentent !

 Autre raison des amours en boucle, le manque affectif. Les carences accumulées tout au long de son enfance ou de son existence poussent à combler celles-ci dans le regard de l’autre. Celui qu’on aime et qui nous aime nous rassure avec son amour, il nous réchauffe avec ses mots. Quand l’enthousiasme des premiers temps est retombé, on ne s’y retrouve plus, on n’a plus son compte, on a de nouveau froid, il faut aller chercher ailleurs la chaleur si nécessaire.

 Parfois aussi, ce qui nous anime, c’est l’insatiable désir d’un retour aux origines de l’amour même : celui de l’Amour maternel. On veut retrouver l’amour idyllique (inconsciemment bien sûr), entre la fusion et l’adoration. Romain Gary a sans doute écrit les plus belles lignes là-dessus. Dans La Promesse de l’aube , il décortique admirablement le mécanisme : « Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'Amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passés à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous les côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'Amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu ».

On perçoit derrière ce roman de l’amour, la voix du petit garçon ou de la petite fille assoiffés de tendresse qui n’ont jamais pu être rassasiés. Pour les hommes, les femmes toujours renouvelées sont le fantôme de cette mère dont elles prolongeraient l’amour, dont elles promettraient la tendresse. Pour les femmes, les hommes toujours renouvelés, celui du père absent, manquant ou adoré. Face à ces dieux maternel ou paternel archaïques et tout puissants, on oppose de piètres subterfuges en espérant toujours tomber un jour sur l’Amour, le vrai, le grand, le seul qui mérite d’avancer. On continue sa valse intranquille, on s’épuise dans un état de dépendance affective, on recherche un équilibre illusoire.

 S’arrêter enfin à la fontaine sans être plus jamais assoiffé, est-il dès lors possible ? Pour cela, il faudrait sans doute se poser des questions sincères et sans concession : est-ce que ma quête amoureuse perpétuelle m’affecte et me fait souffrir ? Ai-je envie de me libérer de cette « emprise » ? Qu’est-ce que j’attends réellement  de l’amour? Qu’est-ce que j’attends du couple ? Quels ont été les motifs de chacune des ruptures ? Les raisons qui m’ont poussé à aimer cette nouvelle personne ?

L’introspection sera d’autant plus aisée qu’elle sera accompagnée en psychothérapie. On peut aussi substituer à « l’addiction amoureuse » une autre addiction, plus canalisée et moins coûteuse en souffrances : le théâtre, le chant, la peinture ou une autre forme d’amour de l’autre … l’engagement bénévole ou l’humanitaire. Le lien social, les émotions, la créativité, l’imaginaire, l’ego, les mêmes ressorts en somme, mais autrement.

 

(1) De Gustave Flaubert

Ce sujet vous intéresse ? Venez en discuter sur notre forum !
Vous aimez cet article ? Abonnez-vous à la newsletter !

EN DIRECT

Publicité

LES MALADIES

J'AI MAL

Bras et mains Bras et mains Tête et cou Torse et haut du dos Jambes et pied

SYMPTÔMES

Publicité