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QUESTION D'ACTU

Le Jour d'Après

Professeur Bernard Granger : “La crise a montré ce dont l'hôpital a besoin pour bien faire”

Après la crise du coronavirus qui a montré au grand jour les faiblesses de notre système de santé, et en plein “Ségur” censé redorer le blason de l'hôpital public, le docteur Jean-François Lemoine reçoit dans cette série “Le Jour d'Après” les principaux acteurs du monde de la santé. Aujourd'hui, le professeur Bernard Granger, chef de service en psychiatrie, avance ses solutions pour que l'hôpital se recentre sur sa vocation: soigner.

Professeur Bernard Granger : “La crise a montré ce dont l'hôpital a besoin pour bien faire” DR

  • Publié le 01.07.2020 à 15h00
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Quand un psychiatre raconte pourquoi l'hôpital marche sur la tête, il mérite d'être écouté. Parce qu'il essaie de comprendre l'inexplicable : comment, malgré les dysfonctionnement que soulignent tous les professionnels de santé, ces établissements sont tout de même parvenus à faire face pour éviter que la pandémie de coronavirus tourne au drame ? Sa réponse montre que, comme dans beaucoup de pathologies de sa spécialité, regarder les effets permet d'éclairer les causes : “La crise sanitaire a montré ce dont l'hôpital a besoin pour bien faire”, souligne le professeur Bernard Granger.

Passage à l'acte

À partir de ce constat, le chef de service en psychiatrie et membre du conseil de surveillance de l'AP-HP veut croire que le temps est venu du passage à l'acte. “Attendons de voir, mais cette fois-ci il devrait être proposé davantage que les fois précédentes, ce sera moins minimaliste”, estime-t-il à propos du Ségur de la santé et ce qu'il en espère après une succession de plans et de réformes qui, jusqu'à présent, n'ont pas apporté de solutions satisfaisantes.

On dit souvent qu'il faut des morts pour que les gens comprennent,  là il y en a eu 30 000…”, souligne Bernard Granger, en tirant une première conclusion de ce bilan qui aurait pu être beaucoup plus lourd sans la mobilisation, “formidable” à ses yeux, de tous les soignants : “Si l'hôpital retrouve la fonction qui correspond à sa vocation qui est de soigner, on retrouve le sens de notre travail”.

Le fardeau de la lourdeur administrative

Un travail qu'il faut, selon lui, d'abord et avant tout soulager du fardeau de la lourdeur administrative. Et le chef de service de raconter une anecdote qu'il juge exemplaire: “Nous travaillons avec des psychologues dont certains sont en CDD et, si nous en sommes satisfaits, nous demandons le renouvellement du contrat à la fin du CDD; au lieu de nous répondre 'si vous demandez le renouvellement, c'est que vous en être contents, donc allons-y', il faut passer par les RH, remplir un dossier détaillé jusqu'à l'indication du respect des heures d'arrivée et de détail, et attendre longtemps la réponse… C'est une forme de maltraitance institutionnelle !”, s'indigne Bernard Granger.

La parole au terrain

Ce qui l'amène à proposer trois grands principes pour sortir de telles situations et redonner de l'attractivité à l'hôpital public. Trois principes qui laissent plutôt à la marge l'idée d'une revalorisation des rémunérations — “il faut veiller à ne pas être indécents alors que le pays est en pleine crise…” — pour cibler en priorité la réforme d'un management aujourd'hui “déshumanisé”: faire de l'autonomie une valeur principale, disposer d'équipes justement dimensionnées et mettre en place un management participatif. Ce que le professeur de psychiatrie résume en une seule phrase : “Il faut écouter ceux qui sont sur le terrain!” 

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