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QUESTION D'ACTU

La sérotonine responsable

Pourquoi plus on se gratte, plus ça gratte

Des chercheurs américains viennent d’expliquer le phénomène organique à l’origine de ce constat bien connu : plus l'on se gratte, plus l'on a envie de se gratter.

Pourquoi plus on se gratte, plus ça gratte Thumper/John Benson/FlickrCC

  • Publié 03.11.2014 à 15h32
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Les mamans ont toujours raison, paraît-il… « Arrête de te gratter, ça va empirer ! », les entend-on souvent dire. Et sur ce point, il faut reconnaître leur clairvoyance. Une étude publiée dans la revue Neuron confirme cet étrange phénomène : plus l’on se gratte, plus l’on a envie de se gratter.

Des micro-lésions sur notre peau
La raison est assez simple. Quand nous ressentons une démangeaison, nous y mettons fin en frottant frénétiquement nos ongles sur la partie du corps concernée et en créant ainsi de minuscules lésions sur notre peau. But de la manœuvre : court-circuiter les signaux nerveux de la démangeaison, et les remplacer par des messages de douleur – très relative, certes. Certains choisissent d’ailleurs de frapper du plat de la main les zones qui démangent, au lieu de les gratter.

La technique fonctionne… pendant quelques secondes en tout cas. De fait, dans la moelle épinière, pendant un laps de temps très court, les cellules nerveuses interprètent les signaux de la douleur et font taire ceux de la démangeaison. Et il faut l’admettre, ça fait un bien fou.


Les signaux de la démangeaisons et ceux de la douleur - Crédit : Mark Hoon

Quand la sérotonine se trompe de chemin
« Le problème, c’est que le cerveau répond à ces messages en produisant de la sérotonine pour l’aider à contrôler la douleur, explique Zhou-Feng Chen, chercheur au Centre d’Etude de la Démangeaison (véridique) de l’Université de Washington, et directeur de l’étude. Or, nous avons découvert que quand la sérotonine se diffuse jusqu’à la moelle épinière, elle peut se « tromper » de chemin. Au lieu d’atteindre les neurones de la douleur, elle réveille les cellules nerveuses de la démangeaison ».

Pour les besoins de l’étude, les chercheurs ont ainsi sélectionné une espèce de souris à qui il manque les gènes responsables de la production de sérotonine. Ils ont injecté à ces souris génétiquement modifiées une solution urticaire. Résultat : ces dernières se grattaient très peu, par rapport aux souris « normales ». En revanche, en leur injectant de la sérotonine, elles se mettaient à se gratter comme les autres.


Une souris se gratte frénétiquement, après une injection d'une substance urticaire -  Centre d'étude de la démangeaison, Université de Washington

Cercle vicieux
« Nous avons cherché pendant longtemps les raisons de ce cercle vicieux de la démangeaison. Nos recherches suggèrent que les événements se produisent dans ce sens. D’abord, on se gratte, et cela crée une forme de douleur. Ensuite, le cerveau produit de la sérotonine, ce qui va stimuler les cellules nerveuses de la démangeaison. Et ainsi de suite. Cela démontre aussi que les signaux de démangeaison et de douleur sont transmis par des chemins différents, mais connectés », poursuit le chercheur.

On comprend désormais pourquoi la gratouille vire parfois à l’obsession… Mais les scientifiques ne proposent pas de remède particulier. Au contraire, ils invitent à ne pas utiliser leurs résultats pour mettre au point un traitement qui diminue les taux de sérotonine. « Cela pourrait avoir des mauvaises conséquences à long terme – la séronotine est impliquée dans la croissance, le métabolisme osseux, la régulation de l’humeur… Et nous serions privés de cet antidouleur naturel ! »

Consulter notre fiche santé Démangeaisons et Prurit



Le cercle vicieux de la démangeaison - Centre d'étude de la démangeaison, Université de Washington


Remède de grand-mère
Récemment, une étude allemande a testé l’efficacité d’une technique originale pour soulager les sensations urticaires. Elle consiste à se gratter devant… un miroir. Par exemple, si votre bras droit vous démange, il faut vous gratter le bras gauche devant une glace. Car, selon l’étude, les signaux visuels prennent le pas sur les informations que transmet le corps au cerveau. Perturber ses messages nerveux, tout un art !

D’ailleurs, une partie de la sensation de démangeaison n’est ni chimique, ni organique, mais bien psychologique, à en croire de nombreux dermatologues. Bien entendu, cela vaut pour les démangeaisons non pathologiques. Dans ces cas, alors, le coup du miroir peut donc parfaitement fonctionner. D’ailleurs… combien de fois vous êtes-vous grattés en lisant cet article ?

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