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Protéine alpha-synucléines

L’appendice serait le point de départ de la maladie de Parkinson

Par Charlotte Arce

Selon une nouvelle étude américaine, les personnes ayant subi une appendicectomie ont environ 20% de risque en moins de développer la maladie de Parkinson. Cela suggère un lien étroit entre le système digestif et le développement de maladies neurodégénératives. 

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Deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquence du système nerveux après la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson touche environ 200 000 personnes en France et plus d’un million en Europe : 8 000 nouveaux cas sont déclarés chaque année dans l’Hexagone.

Pourtant, ses causes restent largement inconnues. Se caractérisant par une perte progressive du contrôle des mouvements et l’apparition d’autres symptômes moteurs comme les tremblements, la maladie de Parkinson occasionne aussi des troubles gastro-intestinaux, parfois des dizaines d’années avant la survenue des premiers problèmes moteurs.

Une nouvelle étude publiée le 31 octobre dans la revue Science Translational Medicine explique ce surprenant lien entre le système digestif et l’apparition de la maladie. Selon ses auteurs, l’appendice, une petite excroissance située au niveau du gros intestin, jouerait le rôle de déclencheur de cette maladie cérébrale. Son ablation permettrait ainsi de diminuer le risque de la développer de 19%. "Nos travaux suggèrent que l'appendice pourrait jouer un rôle dans le début de la maladie de Parkinson", a expliqué Viviane Labrie, de l'Institut de recherche Van Andel dans le Michigan, lors d'une conférence téléphonique avec la presse mardi 30 octobre.

L’appendice comme réservoir aux toxines

Menée auprès d’une large cohorte, l’étude a suivi 1,7 millions de Suédois pendant des décennies. Ils en ont conclu qu’une appendicectomie réalisée au début de la vie diminuait de 19% le risque de développer la maladie de Parkinson. Cela est particulièrement vrai pour les personnes résidant en zones rurales : chez eux, ce risque est même réduit de 25%, tandis qu’aucune diminution similaire n’a été constatée chez les Suédois vivant dans les zones urbaines. Par ailleurs, l’ablation de l’appendice est aussi liée à une apparition plus tardive de trois ans et demi en moyenne de la maladie.

Comment l’expliquer ? Pour les neuroscientifiques auteurs de ces travaux, cela est dû au rôle spécifique joué par l’appendice. Réservoir de notre microbiote intestinal, il aurait aussi la particularité de stocker une protéine-clé dans le déclenchement de la maladie de Parkinson : la protéine alpha-synucléine, qui forme des agrégats et dont l’action détruit progressivement les cellules nerveuses. "Bien que sa réputation soit en grande partie d’être 'inutile', l’appendice joue en réalité un rôle majeur dans notre système immunitaire, dans la régulation de la composition de nos bactéries intestinales et maintenant, comme le montre notre travail, dans l’apparition de la maladie de Parkinson", explique Viviane Labrie.

La protéine alpha-synucléine a été retrouvée en abondance dans le système digestif, et en particulier dans l’appendice, chez des personnes ayant ou non développé la maladie de Parkinson. "Cette protéine n’aime pas rester au même endroit. Elle arrive à bouger de neurone en neurone", constate Viviane Labrie. Elle se déplace notamment via le nerf vague, qui relie l’appareil digestif au cerveau. "Si elle entre dans le cerveau, elle peut s'installer et se développer jusqu'à avoir des effets neurotoxiques qui pourraient mener jusqu'à la maladie de Parkinson", analyse la chercheuse.

Le rôle joué par les pesticides

Reste toutefois à déterminer dans quelle mesure se développe la pathologie, puisque des agrégats d’alpha-synucléine ont aussi été retrouvés dans l’appendice de personnes non-touchées par la maladie de Parkinson. Selon les chercheurs, il est possible que la maladie se déclenche en cas de déficience des mécanismes d’élimination de la protéine, ou encore de dysfonction de ceux empêchant sa propagation. "Une connaissance plus approfondie de ce phénomène pourrait permettre de conduire à une meilleure compréhension de la maladie, mais aussi de trouver de nouvelles formes de thérapie", espère Viviane Labrie.

Autre point à éclaircir : celui du rôle joué par les facteurs environnementaux dans l’accumulation d’alpha-synucléine et donc du déclenchement de la maladie de Parkinson. Pour les chercheurs, le risque diminué de 25% chez les Suédois vivant en zone rurale met en lumière le rôle joué par les pesticides dans le déclenchement de la maladie neurologique. "Cette recherche conforte deux hypothèses : la maladie de Parkinson débuterait tôt dans le tube digestif, et les facteurs environnementaux, comme l’exposition aux pesticides, ont un rôle dans l’apparition de la pathologie chez les personnes prédisposées génétiquement", constate Vanessa Fleury, neurologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), citée par Le Temps.

Celle-ci vient d’ailleurs de lancer une étude pilote afin de comparer le microbiote buccal et le niveau d’inflammation entre des patients touchés par la maladie de Parkinson et des sujets sains. "Nous pensons que ces deux facteurs pourraient favoriser l’agrégation d’alpha-synucléine et son passage dans le cerveau", explique la chercheuse.