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Oncologie

Cancer : «des gélules de selles» pour une immunothérapie plus efficace ?

Deux essais cliniques montrent que la transplantation fécale améliore la réponse des patients à l'immunothérapie tout en réduisant les effets secondaires toxiques des médicaments contre le cancer.

Cancer : \ MarcBruxelle/iStock




L'ESSENTIEL
  • La transplantation fécale est une méthode médicale qui consiste à transférer les selles d’un donneur sain vers l’intestin d’un patient.
  • Chez les personnes atteintes d’un cancer du rein, l’utilisation de "gélules de selles" associée à une immunothérapie pourrait contribuer à réduire les effets secondaires toxiques du traitement.
  • Chez les patients atteints de cancer du poumon et de mélanome, cette technique améliore l’efficacité des inhibiteurs de points de contrôle immunitaire.

Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, à savoir des immunothérapies, améliorent le pronostic vital des personnes atteintes de cancer du poumon non à petites cellules, de cancer du rein métastatique et de mélanome. Cependant, "plus de la moitié d’entre eux présentent une résistance primaire", selon des chercheurs du London Health Sciences Centre et de l’université de Montréal (Canada). La modulation du microbiote intestinal pourrait renforcer l’efficacité et atténuer la toxicité, mais la sécurité et les mécanismes de la transplantation de microbiote fécal en cas de cancer n’ont pas encore été évalués. C’est pourquoi les scientifiques canadiens ont mené des travaux publiés dans la revue Nature Medicine.

Moins d’effets secondaires toxiques liés à l’immunothérapie grâce aux "gélules de selles"

Dans le cadre de la première étude, l’équipe s’est concentrée sur le carcinome rénal métastatique. "Malheureusement, le traitement standard du cancer du rein avancé provoque fréquemment des colites et des diarrhées, parfois si graves qu'il oblige le patient à interrompre prématurément son traitement vital. Si nous parvenons à réduire ces effets secondaires toxiques et à aider les patients à terminer leur traitement, ce sera une véritable révolution", a déclaré Saman Maleki, qui a participé aux recherches. Pour cet essai clinique de phase I, 20 patients ont été recrutés. Les volontaires ont reçu des "gélules de selles" de donneurs sains, mis au point à l'Institut de recherche Lawson du Centre de soins de santé St. Joseph de London, associée à une immunothérapie, plus précisément soit à l’ipilimumab/nivolumab, au pembrolizumab/axitinib, ou au pembrolizumab/lenvatinib.

Le critère d'évaluation de la sécurité a été atteint. En effet, 50 % des patients présentant des effets indésirables immunologiques de grade 3, sans toxicité grave liée à la transplantation de microbiote fécal. Parmi les participants examinés, le taux de réponse objective était de 50 %, incluant deux réponses complètes. "L'amélioration de la diversité alpha et l'implantation durable des taxons et des fonctions métaboliques associés aux propriétés anti-inflammatoires étaient corrélées à une toxicité réduite et à une meilleure réponse", peut-on lire dans les résultats qui démontrent l'innocuité et le potentiel de la transplantation fécale pour optimiser la réponse et minimiser la toxicité chez les patients souffrant de cancer du rein métastatique traités par inhibiteurs de points de contrôle immunitaire.

Une meilleure efficacité de l’immunothérapie avec la transplantation fécale

Lors de l’essai clinique de phase II, 20 adultes atteints de cancer du poumon non à petites cellules ont reçu des "gélules de selles" de donneurs sains associées à une immunothérapie anti-PD1 et 20 personnes présentant un cancer de la peau ont bénéficié de la transplantation fécale encapsulée associée à un anti-PD1 ou à une double immunothérapie (anti-CTLA-4). Les données ont révélé que 80 % des patients atteints d’un cancer du poumon ont répondu à l’immunothérapie après une transplantation de microbiote fécal, par rapport à seulement 39 à 45 % qui en bénéficient généralement avec l’immunothérapie seule. De même, 75 % des volontaires atteints d’un mélanome ayant pris les "gélules de selles" ont présenté une réponse positive au traitement, contre seulement 50 à 58 % de réponses chez les personnes recevant une immunothérapie seule.

"Les résultats ont également mis en lumière un mécanisme d’action possible de la transplantation fécale : l’élimination des bactéries nocives après la transplantation. Nos résultats ouvrent une nouvelle voie pour les thérapies personnalisées du microbiome", a indiqué Arielle Elkrief, co-auteure principale des travaux. sActuellement, la transplantation fécale est également étudiée chez les adultes souffrant d'un cancer du pancréas et d'un cancer du sein triple négatif.

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