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Retard de développement

Ecrans : les experts alertent sur les dangers d'une surexposition des enfants

Par Jonathan Herchkovitch

Plusieurs pédiatres, psychologues et orthophonistes, s’inquiètent des troubles proches de l'autisme engendrés par les écrans chez les plus jeunes enfants.

quintanilla/Epictura
MOTS-CLÉS :

« Afin de prévenir de graves retards du développement chez les bébés et les jeunes enfants, nous demandons que des campagnes nationales issues des observations et des recommandations des professionnels du terrain […] soient menées en France et diffusées dans tous les lieux de la petite enfance. »

Cet appel de professionnels de l’enfance (1) a été publié dans une tribune au Monde ce mercredi. Ils alertent sur les retards graves de développement que peut provoquer une surexposition aux écrans chez les plus petits. « Nous recevons de très jeunes enfants stimulés principalement par les écrans, qui, à 3 ans, ne nous regardent pas quand on s’adresse à eux, ne communiquent pas, ne parlent pas, ne recherchent pas les autres, sont très agités ou très passifs », s’inquiètent-t-ils.

D’après les professionnels, les troubles les plus graves présentés par ces enfants s’apparentent fortement à des troubles du spectre autistique. Certains ne parlent toujours pas à l’âge de 4 ans, souffrent de problèmes d’attention, sont incapables de maintenir un regard sur un adulte ou même un objet, s’il ne comporte pas d’écran.

Still face

Les signataires de la tribune émettent l’hypothèse que ces enfants, par l’exposition continue aux écrans, subissent depuis leur naissance, et jusqu’à quatre ans, des expériences répétées de « still face ». Cette expérience, menée par le psychologue américain Edward Tronick en 1975, consiste à provoquer des échanges (sourires, sons, rires…) entre un parent et son enfant d’un an.

Ensuite, les parents se détournent et reviennent vers leur bébé avec un visage neutre de toute émotion. Rapidement, après quelques tentatives infructueuses de la part du bébé de rétablir le contact, celui-ci entre typiquement dans un état de stress intense et d'agitation.

Ce serait un phénomène similaire qui intervient lorsque les bébés n’ont pas été habitués à échanger suffisamment avec leurs parents. Ils développent mal leurs capacités de communication et leurs aptitudes sociales.

Facteur de risque

Dès 2013, l’Académie des Sciences avait déjà averti sur le rôle potentiellement néfaste des écrans, en déconseillant en particulier les visionnages passifs, notamment la TV. Ils incitaient aussi les parents à détourner leurs enfants des jeux vidéos avant 6 ans. « Entre 2 et 6 ans, l’enfant joue par lui-même à faire semblant, expliquait alors Olivier Houdé, psychologue du développement et l’un des rédacteurs du rapport de l’Académie. C’est ainsi, et non par le jeu vidéo, qu’il prend conscience de ce qui est pour de faux et pour de vrai. »

Les retards de développement ne sont pas les seuls risques associés aux tablettes, smartphones et autres écrans chez les enfants. Les troubles du sommeil et la sédentarité qu’ils induisent sont un terrain favorable au développement de maladies chroniques liées notamment au surpoids. Ainsi, une étude britannique a récemment conclu que des enfants de 9 à 10 ans qui passent plus de trois heures par jour devant un écran ont deux fois plus de risques de développer un diabète de type 2.

Une étude de l’Inserm inisistait également sur un risque accru d’obésité en fonction de l’exposition aux écrans à l’âge de deux ans.

3-6-9-12

Pour limiter leur impact, la règle des « 3-6-9-12 » est simple à appliquer. Avant 3 ans, pas d’écrans. Ils sont inutiles au développement. Entre 3 et 6 ans, « il est indispensable de respecter quatre conditions, expliquait à Pourquoidocteur le Dr François-Marie Caron, pédiatre à Amiens. Toujours utiliser la tablette sur des périodes courtes et jamais pendant le repas ou avant de dormir, être accompagné par un adulte ou un aîné, poursuivre l'unique objectif de jouer et utiliser des logiciels adaptés. »

Ensuite, à partir de 9 ans, les enfants peuvent les utiliser seuls, notamment Internet, sous réserve de protection parentale, toujours de manière raisonnée, et en proscrivant les réseaux sociaux jusqu’à 12 ans.

 

(1) Les signataires : Dr Anne-Lise Ducanda et Dr Isabelle Terrasse, médecins de PMI (protection maternelle infantile) au Conseil départemental de l’Essonne ; Sabine Duflo, psychologue et thérapeute familiale en pédopsychiatrie (CMP, EPS Ville-Evrard) ; Elsa Job-Pigeard et Carole Vanhoutte, orthophonistes (Val-de-Marne) cofondatrices de « Joue, pense, parle » ; Lydie Morel, orthophoniste, cofondatrice de Cogi’Act (Meurthe-et-Moselle) ; Dr Sylvie Dieu Osika, pédiatre à l’hôpital Jean-Verdier de Bondy et Eric Osika, pédiatre à l’hôpital Ste-Camille de Bry-sur-Marne ; Anne Lefebvre, psychologue clinicienne en pédopsychiatrie (CMP enfants et CMP adolescents, CHI 94) ; ALERTE (Association pour l’éducation à la réduction du temps écran ; Dr Christian Zix, neuropédiatre, directeur médical du CAMSP de St-Avold (Moselle) ; Dr Lise Barthélémy, pédopsychiatre à Montpellier.