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Congrès de l'ADA 2018

Diabète : le pancréas artificiel français confirme sa supériorité

Par Dr Eric Du Perret

Une étude présentée au congrès américain de diabétologie révèle que les personnes atteintes de diabète de type 1 qui utilisent à domicile le système d'administration d'insuline français Diabeloop, ont atteint de meilleurs résultats que les autres systèmes avec, surtout, moins d’effets secondaires. Une avancée majeure.

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Le but du traitement de ce type de diabète est de remplacer l'insuline que le pancréas n'est plus capable de produire. Dès la découverte de la maladie, les diabétiques de type 1 doivent donc recevoir de l'insuline injectable. Il s'agit d'un traitement à vie, avec pour objectif que la glycémie soit la plus proche possible de la normale.

Deux à trois injections sous-cutanées par jour sont nécessaires, parfois jusqu'à quatre ou cinq pour se rapprocher le plus possible de la sécrétion naturelle de l'insuline. L'objectif du traitement est de maintenir la glycémie dans des valeurs acceptables tout au long des 24 heures, en adaptant les doses d'insuline. Une alternative est d'administrer l'insuline par une pompe à insuline. Le malade détermine avec des mesures de glycémie les doses d'insuline nécessaires à chaque repas, en plus des apports de base, apports qu'il peut réduire en cas d'effort physique ou de jeûne.

L'étape ultérieure est la mise au point d'un pancréas artificiel, qui associe une pompe à insuline implantable, un capteur de glycémie en continu et un smartphone gérant l'ensemble du système grâce à un algorithme d'adaptation des doses à la glycémie. Les progrès sur les capteurs de glycémie et les algorithmes prédictifs sont tels que plusieurs prototypes marchent actuellement chez un nombre croissant de malades à l'extérieur de l'hôpital.

Mais c’est une utilisation à domicile que proposait cette nouvelle étude présentée hier, au 78e congrès de l'American Diabetes Association (ADA) au Centre des congrès d’Orlando.  

Efficacité supérieure

Ce système, mis au point par des chercheurs français, permet l’administration d'insuline en boucle fermée avec un algorithme complexe et personnalisable qui prédit les futurs taux de glycémie et commande l'administration d'insuline en connectant trois dispositifs : un capteur de glucose, une pompe à insuline et un terminal intelligent hébergeant l'algorithme. Ce que l’on peut appeler un pancréas artificiel, il y a encore peu le fantasme ultime des spécialistes du diabète.

Un capteur de glucose surveille en continu le niveau de glucose sanguin de l'utilisateur et envoie des données au terminal, intégrant l'algorithme. Le terminal contrôle la pompe à insuline connectée en calculant et en ordonnant la quantité optimale d'insuline. Pour une précision maximale, les utilisateurs entrent leurs informations sur l'alimentation et l'activité physique.

L'essai a été mené dans 12 centres en France sur 68 adultes volontaires. Les patients ont été répartis au hasard en deux groupes, 33 patients utilisant le système français et 35 patients utilisant leur système normal à boucle ouverte (c'est-à-dire leur pompe et leur capteur habituels).

Résultats

Lors de la première période de 12 semaines, on constate une efficacité supérieure pour le pancréas artificiel français : le taux de sucre était dans les limites définies de la normalité chez 69,3% contre 56,6 avec l’autre système.

Mais surtout, le redoutable effet secondaire de ces machines, une trop grande efficacité provoquant des baisses de sucre très dangereuses, s’est révélé meilleur : le pourcentage de temps passé en hypoglycémie était environ deux fois plus faible qu'avec le système en boucle ouverte habituel (2% et 4,5%, respectivement).

Cette innovation permet de réduire très significativement le risque des hypoglycémies nocturnes, qui sont le cauchemar des parents. La tendance est donc d'utiliser cette technique un peu comme un pilote automatique sur un avion : en régime stable, comme le sommeil, la boucle fermée gère seule les injections pour réduire le risque d'hypoglycémie, mais au réveil, et surtout, au moment des repas, elle peut être débranchée et c'est le malade qui pilote à nouveau l'administration d'insuline par la pompe.

Ces résultats confirment dans la vie réelle, sur une période de 12 semaines, les résultats positifs précédemment observés en milieu hospitalier. Ce système a le potentiel d'améliorer considérablement le contrôle glycémique et la qualité de vie des patients atteints de diabète de type 1, de réduire les complications chroniques du diabète et de minimiser le fardeau des dizaines de calculs quotidiens et de décisions thérapeutiques qu'ils doivent prendre.

C’est un pas important dans l’application de ce pancréas artificiel à plus large échelle.