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Le mal du siècle

Maladies cardiométaboliques : le stress au travail augmente le risque de mortalité

Par Mathilde Debry

Les individus souffrant d'une maladie cardiométabolique et de stress au travail présentent un risque de mortalité beaucoup élevé que ceux qui travaillent sereinement. En France, un salarié sur quatre souffre d'hyperstress au travail. 

Evgeniia_Shelukhina / istock

Selon une nouvelle recherche publiée dans Lancet Diabetes and Endocrinology, les individus souffrant d'une maladie cardiométabolique et de stress au travail présentent un risque de mortalité beaucoup plus élevé que ceux qui travaillent sereinement.

Déséquilibre entre l'effort et la récompense de l'effort

Les maladies cardiovasculaires (athérosclérose, infarctus, insuffisance cardiaque, etc.), lorsqu'elles se développent chez un même patient, sont souvent associées à des maladies métaboliques, c'est-à-dire caractérisées par des perturbations du métabolisme, notamment des sucres (diabète) et des lipides (obésité, dyslipidémie). On parle donc de maladies ou de syndromes cardiométaboliques.

Le stress au travail est défini par les chercheurs comme le déséquilibre entre l'effort et la récompense de l'effort. L’équipe a analysé les données de 102 633 personnes, dont 9441 souffraient d'une maladie cardiométabolique.

Taux de mortalité

La cohorte étudiée était composée à 43,4% d'hommes, âgés en moyenne de 43,9 ans. 25,8% d’entre eux avaient un statut socioéconomique défavorisé. Les hommes qui souffraient d'une maladie cardiométabolique et de stress au travail ont un eu un taux de mortalité beaucoup plus élevé que ceux qui n'étaient pas soumis au stress au travail (149,8 contre 97,7 pour 10 000 années-personnes).

Les femmes atteintes d’une maladie cardiométabolique associée au stress au travail sont décédées à 53,2 ans en moyenne, contre 64 ans pour celles qui travaillaient dans de bonnes conditions. L'hypertension, le cholestérol, l'obésité, l'inactivité physique et la consommation élevée d'alcool ont considérablement augmenté le risque de mortalité de la cohorte.

Un salarié sur quatre en situation d’hyperstress au travail

Pour les scientifiques, leurs résultats impliquent que "les soins standards ciblant les facteurs de risque conventionnels et le mode de vie n'atténuent pas nécessairement le risque de surmortalité associé au stress au travail".

Selon les nouvelles données récoltées par la start-up Padoa, un salarié sur quatre est en situation d’hyperstress au travail en France"Les taux d'hyperstress varient selon les activités", écrivaient les auteurs, le secteur le plus touché étant celui de la santé humaine et des actions sociales, avec 4 salariés sur 10 en hyperstress.

Arrive ensuite celui des arts, spectacles et activités récréatives (3 sur 10). Les femmes seraient aussi davantage concernées que les hommes (28% des salariées connaissent de l'hyperstress, contre 20% de leurs collègues masculins). Les 40-50 ans et les plus de 50 ans sont par ailleurs les catégories les plus à plaindre en la matière.

Deux grands facteurs de stress

Pour le Dr Patrick Légeron, psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne de Paris, les facteurs qui causent l’hyperstress sont "toujours liés aux exigences du travail. Mais il y a grosso modo deux grands facteurs de stress. D’abord la charge de travail, l’intensité, le fait qu’il y a beaucoup de travail, et des informations complexes à gérer. Mais aussi tous les changements qui peuvent survenir dans le travail, la peur de ne pouvoir s’adapter. Ces changements peuvent être macro, à l’échelle d’une entreprise : réorganisation, fusion, rachat, entraînant parfois la peur de perdre son job. Mais il y a aussi les micro-changements : nouveau logiciel, s’adapter aux nouvelles procédures, etc. Peuvent aussi jouer le manque de reconnaissance ou le manque d’autonomie."