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Épidémie : "On hospitalise beaucoup plus de grippes sévères que de Covid sévères"

Par Joséphine Argence

Cette année, l'épidémie de grippe a débuté très tôt et est très virulente. Sans une accélération de la campagne de vaccination, les professionnels de santé craignent un engorgement des urgences. 

Yurii Yarema/IStock
La grippe est une maladie infectieuse due à un virus influenza.
Les manifestations de la grippe surviennent un à quatre jours après la contamination. Ils peuvent se caractériser par une fièvre, des douleurs musculaires, des maux de tête ou encore une toux sèche.

Depuis plusieurs semaines, le système hospitalier est sous tension. Les personnels soignants et médicaux luttent contre trois épidémies : la bronchiolite, la Covid-19 et la grippe. "Aujourd'hui, je ne sais plus quel mot employer. À chaque fois que je viens, je dis que ça ne va pas bien. On ne sait plus si les mots veulent dire quelque chose, mais la situation est extrêmement tendue dans les hôpitaux", a alerté le Professeur Rémi Salomon, chef du service de néphrologie-pédiatrie à l’hôpital Necker (Paris), sur le plateau de BFMTV-RMC 

94 patients hospitalisés en réanimation pour des cas sévères de grippe 

Cette année, le démarrage de l’épidémie de grippe a commencé plus tôt. En général, elle débute majoritairement fin décembre ou début janvier. "Cette saison, on a un mois d'avance. L'an dernier en plus, on a pu jouir en quelque sorte d'une protection particulière puisque je vous rappelle qu'il y avait le pass vaccinal, et donc une double vaccination Covid/grippe, avec parfois d'ailleurs un rattrapage de la vaccination grippale pour certains. Mais cette année, nous n'avons pas ce starter de motivation pour aller vers une vaccination plus tôt", a noté le Docteur Benjamin Davido, infectiologue l'hôpital Raymond-Poincaré (Paris), au micro d’Europe 1. 

Dans son dernier bulletin épidémiologique publié le 21 décembre, Santé publique France a enregistré 12.483 passages aux urgences pour la grippe, soit une augmentation de 84 % en l’espace de sept jours. Près de 1.506 patients ont été hospitalisés pour un syndrome grippal après avoir consulté les services d’urgences. Depuis le début de la surveillance de l’épidémie de grippe, 94 cas graves de grippe ont été admis en réanimation. "La majorité de nos admissions depuis un peu plus de dix jours sont pour des grippes sévères (…) On hospitalise beaucoup plus de grippes sévères que de Covid sévères, parce que les gens sont vaccinés contre la Covid-19", a affirmé le Docteur Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue à l’hôpital Bichat (Paris), au Huffington Post. 

"Il est encore temps de se faire vacciner contre la grippe"

Pour rappel, la campagne de vaccination contre la grippe a débuté le 18 octobre dernier en France. Cependant, elle peine à démarrer, ce qui provoque de graves conséquences sur les services hospitaliers. "Les urgences sont saturées partout, ça déborde de partout (…) On a l'impression d'être maltraitant (…) Il est encore temps de se faire vacciner contre la grippe", a souligné le Professeur Rémi Salomon qui a invité les populations fragiles (femmes enceintes, personnes âgées…) à recevoir le sérum contre la grippe en priorité. 

Les gestes barrières comme le port du masque, l’aération des lieux publics ou le lavage fréquent des mains sont de moins en moins plébiscités. Pourtant, ils protègent contre la propagation des virus. "Comme on a relâché très fortement les gestes barrières, on s'est retrouvé dans des conditions optimales pour la circulation des agents infectieux, et bien évidemment de la grippe qui est une maladie de l’hiver", a affirmé le Docteur Benjamin Davido. 

L’épidémie de grippe bouleverse les fêtes de fin d’année 

Après deux ans de Covid-19, de nombreuses personnes avaient espoir de réveillonner paisiblement en famille ou entre amis. Malheureusement, l’épidémie de grippe a chamboulé les fêtes de Noël. Comme en témoigne Christine, mère d’une petite-fille, qui a dû annuler son réveillon à cause de l’infection. "La nuit du 24 a été horrible (…) Mais le pire, ça a été l’ouverture des cadeaux dimanche matin. Ma fille s’en faisait une joie, malheureusement je n’ai même pas eu la force de me tenir assise. Je suis triste pour elle, ce n’est pas un Noël joyeux", a-t-elle confié au Huffington Post. 

Également interrogée par le média, Marion, enceinte de six mois, a dû annuler ses vacances de Noël, en raison de la grippe. "Malheureusement, jeudi matin, le réveil s’est fait avec des premiers symptômes (toux et maux de tête), rapidement suivis par de forts vomissements (…) c’était la grippe. On a annulé toutes les réjouissances de Noël", a raconté la future mère qui a été aux urgences obstétriques dès le lendemain. "Je n’arrivais toujours pas à garder quelque chose dans le ventre, je ne tenais quasiment plus debout et la fièvre n’était pas descendue… Ils m’ont vite filé une perfusion pour me remettre d’aplomb et dès que j’ai pu garder quelque chose dans le ventre, ils m’ont laissé partir vers 22h. Le personnel était super, comme d’habitude, malgré leurs conditions qui se détériorent…"