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Election présidentielle 2017

Cannabis : un Français sur deux favorable à la dépénalisation

Par Marion Guérin

Plus d’un Français sur deux souhaite que la législation sur le cannabis soit évoquée pendant la campagne présidentielle, selon un sondage Ipsos.

UrosPoteko/epictura

« On ne pourra pas éternellement écarter d’un revers de la main le débat » sur le cannabis, a déclaré Marisol Touraine lors des dix ans des Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) célébrées au ministère de la Santé le 7 octobre dernier. Tout en se gardant de prendre clairement position, la ministre a reflété par ces mots une opinion qui semble désormais majoritaire au sein de la population : il faut parler du cannabis.

Un sondage réalisé par Ipsos pour SOS Addiction, Sciences Po et le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) est présenté ce lundi au Sénat, lors d’un colloque intitulé « Légalisation du cannabis : L'Europe est-elle condamnée à l'impasse ? ». Il met en lumière une tendance plutôt nouvelle dans l'opinion publique française.

Une loi inefficace

Les travaux, menés sur un échantillon de 1097 personnes représentatives de la population française, révèlent d’abord que les participants jugent massivement inefficace la loi actuelle qui interdit la consommation et le commerce de cannabis en France. Ainsi, 84 % d’entre entre eux estiment qu’elle ne permet pas de limiter le trafic et l’usage de ce produit – et ce, tous âges confondus.

« Avec une telle majorité, les décideurs politiques ne peuvent ignorer la nécessité de trouver des solutions pour limiter la consommation et le trafic », commentent les médecins qui présentent ce sondage, Didier Jayle*, William Lowenstein*, Henri Bergeron* et Bertrand Dautzenberg*.

Autoriser la consommation

Par ailleurs, la moitié des Français (50 %) se montre favorable à une autorisation de consommer du cannabis, sauf pour les mineurs et au volant. Les sondés se prononcent ainsi en faveur d’une dépénalisation de l’usage de cannabis – ce qui implique, de fait, de modifier la loi. Les moins de 35 ans et les 35-59 ans sont majoritairement favorables (54 %) à une autorisation de la consommation, quand les plus de 60 ans se montrent davantage réticents, avec 36 % de réponses positives.

Ces résultats contredisent tous les sondages menés précédemment sur la question. Signe, peut-être, que les récentes prises de position de médecins et de responsables politiques en faveur d’une modification de la loi ont fait du chemin au sein de l’opinion publique.

Quant à la légalisation, elle attise pour la première fois également une opinion favorable, sans que l’on puisse vraiment conclure à un avis tranché. Une courte majorité (52 %) de Français estime en effet que la vente de cannabis sous le contrôle de l’Etat (modèle de la légalisation) serait plus efficace que l’interdiction (modèle actuel) pour lutter contre le trafic. Avec, là aussi, les 16-60 ans plus favorables que les 60 ans et plus (55 % contre 41 %), et une plus forte représentation des cadres (60 %) et des professions intermédiaires (66 %).

« Cette réponse est le début de l’adhésion à la thèse : légaliser = casser le trafic. Ceci est tout à fait nouveau dans l’opinion, et cela survient avant même qu’un véritable débat ne se soit installé dans le pays », notent les médecins.

Débat politique

S’il reste, à ce jour, impossible de savoir ce que souhaite précisément l’opinion, le sondage témoigne d’une forte volonté de débattre du cannabis et de son cadre légal. Ainsi, 52 % des sondés veulent que le sujet s’immisce dans la campagne présidentielle de 2017. Les moins de 35 ans se montrent cette fois plus réticents (44 %) que les plus âgés (52 et 62 %). « Les plus jeunes semblent moins confiants dans la classe politique », suggèrent les médecins.

Enfin, le sondage montre que ces positions ne sont pas celles de consommateurs en mal d’un système plus permissif. La prévalence de la consommation est certes élevée parmi les sondés – un sur quatre « admet » avoir déjà fumé du cannabis – mais elle se réfère à un usage ancien. Seuls 4 % des interrogés ont fumé au cours des 12 derniers mois.

« Les réponses à ce sondage sont un argument de poids pour ouvrir un véritable débat politique sur la révision de l’interdiction du cannabis et analyser l’expérience des pays qui ont dépénalisé ou légalisé dans le but de contrôler, avec pragmatisme, aussi bien la consommation que les trafics », concluent les médecins.

*Didier Jayle, addictologue au CNAM, ancien président de la Mildeca (ex Mildt), William Lowenstein, président de SOS Addictions, Henri Bergeron, sociologue, chargé d’études au CNRS, Bertrand Dautzenberg, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière