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Depuis la loi Leonetti de 2005

Fin de vie : les procédures de limitation ou d'arrêt des thérapeutiques n'augmentent pas

Par Bruno Martrette

En France, la proportion de patients en réanimation en situation de limitation ou arrêt des thérapeutiques a peu augmenté en plus de 10 ans. Cela malgré la promulgation de la loi Leonetti sur la fin de vie. X

L'éternel débat sur la fin de vie va vivre un nouvel épisode cet après-midi. Ce jeudi, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne se prononcera sur la fin de vie de Vincent Lambert, un tétraplégique de 37 ans  en état de conscience minimale suite à un accident de voiture. Depuis cinq ans, les parents du patient s'opposent à l'euthanasie passive de leur fils incapable de s'exprimer, et constamment nourri par une sonde gastrique. Pour eux, Vincent n'est pas mourant et n'est pas malade. Il est handicapé. Ils estiment donc que la loi Leonetti ne s'applique pas, et qu'il est là question d'euthanasie. Mais pour sa part, le député UMP Jean Leonett estime que sa loi peut s'appliquer au cas de ce jeune homme. « Son cas relève de la loi actuelle sur la fin de vie et les droits des malades », a-t-il expliqué. « Le chapitre sur l'acharnement thérapeutique dit bien que l'on peut interrompre les traitements qui apparaissent comme disproportionnés et dont seul le but est le maintien artificiel de la vie» Pourtant, malgré cette possibilité laissée par le législateur, les procédures de limitation ou d'arrêt des thérapeutiques (LAT) ne sont pas plus nombreuses ont peu augmenté en plus de 10 ans.

En effet, malgré la promulgation de la loi Leonetti relative aux droits des patients et à la fin de vie promulguée en 2005, la proportion de patients en réanimation en situation de (LAT) a peu augmenté en plus de 10 ans. Ce constat est celui d'Olivier Lesieur du laboratoire d'éthique médicale (Université Paris-Descartes) et de ses collègues du groupe EPILAT dans une étude présentée mercredi au congrès de la Société de réanimation de langue française (SRLF) à Paris.
Dans une étude, ces chercheurs ont évalué les pratiques françaises huit ans après la promulgation de cette loi, dans 44 unités de réanimation, dont 15 au sein de CHU. Les patients en LAT ont été recensés sur des périodes de 60 à 90 jours. Résultat, sur 5 434 séjours exploitables enregistrés, 775 patients ont fait l'objet d'une procédure formalisée de LAT, soit 14 % des patients hospitalisés. Parmi eux, 192, soit environ un quart, sont sortis vivants de réanimation. Pour leur part, les décès après LAT (583) représentent 54 % du total des décès en réanimation. Parmi ces décès, 30 étaient liés à une mort encéphalique et 553 à un arrêt circulatoire prévisible et non réanimé -soit 51% de l'ensemble des décès.

En comparaison, l'étude LATAREA, réalisée avant la promulgation de la loi Leonetti et publiée en 2001 dans le Lancet, avait montré une proportion de patients en LAT de 11% et un taux de mortalité dans un contexte de LAT de 53%. Les taux observés dans l'étude EPILAT sont « à peine plus élevés » (14 % et 54 %), concluent les auteurs. 
Néanmoins, ces derniers précisent que la proportion de patients en LAT varie de 4 % à 30 % selon les unités et le taux de mortalité de 8 % à 35 %. Ce constat prouve une nouvelle que, comme l'affaire Vincent Lambert, ces cas divisent toujours aussi bien les familles que la communauté médicale



 









Pour le député, ce cas souligne surtout l'importance, pour chacun, de communiquer ses volontés à ses proches. Elles aident le corps médical à arrêter les traitements de survie. "Si Vincent Lambert avait laissé des directives anticipées, l'affaire n'aurait pas fini en justice."