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Les Français font confiance aux soignants mais craignent pour l'avenir de l'hôpital public

Par Amanda Breuer-Rivera

Un sondage Odoxa pour la MNH assure que les Français sont très attachés au système hospitalier mais s'inquiète de son avenir. Les personnels hospitaliers partagent cette vision, alors qu'ils aiment mais souffrent de leur métier.

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Selon ce sondage, 96% des Français ont confiance dans les infirmiers pour lutter contre la Covid-19, soit 2 points de plus que les médecins.
8 Français sur 10 estiment que le système hospitalier s'en est "bien sorti" de la crise sanitaire du printemps mais cette même proportion pense qu'il est en danger.
Si plus de 80% des praticiens hospitaliers assurent avoir choisi leur métier par vocation, 74% d'entre eux ne recommandent pas ce choix de carrière pour leurs enfants.

Les Français ont confiance en leurs soignants et dans l'hôpital public. C'est la principale indication qui ressort du sondage de l'Observatoire de la santé réalisé par Odoxa pour la MNH (Mutuelle nationale des hospitaliers), Franceinfo, Le Figaro santé et la Chaire Santé de SciencesPo. Cette étude, rendue publique ce 6 octobre, se base sur les réponses à la mi-septembre de 2 004 Français représentatifs de la population française selon la méthode des quotas, et de 3 910 professionnels hospitaliers dont 1 557 infirmiers. Ces deux échantillons ont répondu à des questions portant sur le rapport des Français, et des professionnels de santé, aux établissements de santé ainsi qu'entre les différents acteurs.

Ainsi, si 77% des Français et 84% des soignants sont inquiets pour “la situation sanitaire globale du pays”, cette peur s'amenuise dès qu'il s'agit de leur propre santé, et atteint 57% des sondés usagers des hôpitaux et 61% pour les soignants. Face à cette appréhension globale, les Français font surtout confiance aux infirmiers (96%) pour lutter contre la Covid-19. Le personnel hospitalier arrive en deuxième position (94%), puis “le personnel de santé en général” (93%) et les médecins (92%). Le ministère de la Santé n'enregistre que 46% de la confiance. Selon le même sondage réalisé en avril dernier — en plein confinement —, l'exécutif sanitaire gagne 10 points de popularité alors que les autres professionnels de santé perdent 1 ou 4 points. Cette hiérarchie de la confiance est du même ordre chez les différents personnels de santé interrogés. Le personnel hospitalier et les infirmiers sont les plus critiquent à l'égard du ministère de la Santé (33% de confiance).

Par rapport à la crise sanitaire du printemps dernier, plus de 8 sondés sur 10 estiment que le système hospitalier s'en “est bien sorti”. Pour une large majorité des Français (63%), l'avenir des établissements de santé est un enjeu de société “très important”. Ainsi, 34% estime qu'il est “assez important” et une infime minorité (3%) juge que c'est “peu important” voire “pas important du tout”. Cependant, deux tiers des sondés estiment que cet enjeu n'est pas bien pris en compte par les pouvoirs publics et 8 personnes sur 10 ont le sentiment que ce système est en danger. De même, 9 personnels de santé sur 10 assurent que la qualité des soins se détériorera à l'avenir. Une sombre perspective partagée par 6 Français sur 10, qui enregistre là un regain d'optimisme (+14 points) depuis un autre sondage mené en 2018. Une perspective qu'ils lient aux moyens actuels financiers, humains et matériels des hôpitaux publics qu'ils pensent à 82% insuffisant. Là encore, le sombre tableau se résorbe un tout petit peu puisqu'en avril dernier, ils étaient 6% de plus à le penser. Parmi ces pessimistes, un tiers est catégorique alors que près de la moitié préfère le modéré “plutôt insuffisant”. Le personnel hospitalier est plus catégorique et affirme à 45% que les moyens actuels sont “tout à fait pas suffisants”.

Système hospitalier à réinventer

En interrogeant les Français et le personnel hospitaliers, des dissensions s'installent. Une majorité de Français pense que le parcours de soins est satisfaisant (56%), alors que le personnel hospitalier ne partage pas cet avis (insatisfaisant à 67%). Peut-être est-ce la propension des Français à se rendre aux urgences pour être rapidement pris en charge qui divise les avis : les uns trouvant cela plus pratique et sûr, tandis que les autres estiment davantage que ces services sont saturés par des demandes inadéquates. De ce constat découle une autre vision des relations entre l'hôpital et son environnement. Pour une majorité de Français les liens entre l'hôpital et le secteur médico-social, la médecine de ville, les familles des patients, les associations de patients ou les autres professionnels de santé libéraux sont “comme il le faut” (56%). Pour les professionnels de santé, l'ensemble des liens de ce microcosme sanitaire sont insuffisants (56%). Pour eux, le lien le plus distendu (65% d'opinion défavorable) est celui entre l'hôpital et la médecine de ville. Une illustration de la difficulté de trouver un médecin généraliste en dehors des horaires de travail ? Cependant le personnel soignant atténue son mécontentement pour la relation famille des patients/hôpital (46% le juge “insuffisant” contre 44% “comme il faut”).

À l'égard des usagers des hôpitaux, deux tiers du personnel hospitalier assurent avoir constaté un changement d'attitude du public : 31% meilleur respect des gestes barrière, 25% meilleure entraide entre différents métiers et statuts de l'hôpital, 19% moins de sollicitation aux urgences pour des blessures bénignes et seulement 9% de baisse des incivilités. Des équipes hospitalières soudées ? Si 56% des managers estiment être “mieux écoutés”, la proportion est la même du côté des managés mais dans les sentiments inverse “plutôt pas” ou “pas du tout”.

Bonne image extérieure mais des professions jugées difficiles

Pourtant les métiers de la santé sont avant tout une vocation pour 8 professionnels de la santé sur 10. Un choix bien plus fort que pour l'ensemble de la population française qui estime avoir fait le même choix à 53%. Si la médecine a toujours une bonne image — 71% des Français "recommanderait" à leur enfant d'être médecin et 64% infirmier —, les autres professionnels de santé ont le blues et ne recommanderaient pas à leur enfant leur profession, soit 74% pour l'ensemble du personnel soignant dont 77% pour les infirmiers et 48% pour les médecins hospitaliers.

Toutes les dimensions du métier de praticien hospitalier sont jugées en dégradation : aussi bien les conditions de travail (84%), que la rémunération (71%) ou encore l’intérêt du métier (85%). Les personnels hospitaliers sont convaincus que leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur (82%) et qu’ils ne disposent pas de perspectives d’évolution motivantes (74%). Résultat, l’insatisfaction au travail des praticiens hospitaliers ne cesse de progresser passant de 36% en novembre 2017 à 56% aujourd’hui. Les conséquences de cette image abîmée et de cette insatisfaction au travail du personnel soignant sont lourdes : ils ne passent pas assez de temps avec leur famille (67%), ce qui génère des tensions avec elle (60%) et ils courent aussi des risques de burn-out bien plus importants que les autres (65% vs 39%). À quand un autre monde hospitalier ?