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Pilule sans prescription : une solution limitée à un vrai problème

Une pétition demande l'accès sans prescription à une pilule progestative. Elle est censé améliorer l'accès à la contraception qui reste inégal en France.

Pilule sans prescription : une solution limitée à un vrai problème Max Braun/Flickr

  • Publié 20.04.2017 à 18h54
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« Libérez ma pilule ». Pharmaciens, médecins et patients s’unissent en un appel. Et ils ne sont pas les seuls. En 5 jours, une pétition réclamant l’accès sans ordonnance à une pilule progestative a recueilli plus de 1 600 signatures. Lancée par le Collectif des pharmaciens et le Planning Familial, elle invite les laboratoires à déposer une demande en ce sens.

L’objectif : permettre qu’au moins une contraception orale soit accessible directement en officine, sans avoir à consulter de médecin au préalable. La pilule en question est dite « progestative », c’est-à-dire qu’elle ne contient qu’un progestatif de synthèse. Généralement prise en continu, elle reste minoritaire sur le marché français. En 2015, 6,4 millions de boîtes ont été vendues en France, d’après nos informations. L’ensemble des pilules représente presque 22 millions de boîtes.

L’accès inégal à la pilule

« Cette pilule est peu utilisée en France, mais davantage dans d’autres pays, objecte Véronique Sehier, co-présidente du Planning Familial, et elle présente moins de risques. » De fait, les contre-indications sont moindres pour la pilule sans-œstrogènes par rapport aux contraceptifs oraux combinés (COC). Elle est, notamment, plus compatible avec le tabagisme qui augmente le risque de thrombose veineuse.

Pour autant, le Dr Gilles Lazimi, médecin généraliste au centre municipal de santé de Romainville (Seine-Saint-Denis) reste sceptique. « Cela reste un médicament qui peut nécessiter des conseils, une information et un suivi médical, souligne-t-il. Cela va-t-il faciliter la contraception ? Je m’interroge. »

Simplifier l’accès à une forme de contraception, c’est bien l’objectif du Planning Familial, co-signataire de la pétition. Si, à première vue, le geste peut sembler banal, ça n’est pas le cas pour toutes les femmes vivant sur le territoire français. « Certaines femmes se détournent d’une contraception efficace pour des raisons économiques ou à cause des délais pour obtenir un rendez-vous », illustre Véronique Sehier. Un constat confirmé par le Dr Lazimi. « Un des principaux freins, c’est l’accès à la consultation et à son remboursement », abonde-t-il.

Une solution imparfaite

Sans prétendre supplanter les autres options, la pilule sans ordonnance pourrait devenir une solution de proximité pour les femmes qui en manquent. Or, « la pharmacie est un lieu de proximité », rappelle la co-présidente du Planning Familial. Le réseau des officines viendrait donc compléter celui tissé par les plannings familiaux. « Il n’est pas question de se substituer au médecin », martèle-t-elle. En revanche, accueillir les femmes isolées au sein des officines peut représenter l’opportunité de les orienter vers un médecin – généraliste ou gynécologue.

Le problème de l’accès à la contraception est réel. Mais il n’est pas certain qu’une pilule sans ordonnance soit la solution. « Si les bénéficiaires sont les femmes qu’on ne voit pas en cabinet, qui sont en difficulté, c’est un échec complet », tranche Gilles Lazimi. En effet, ces femmes sont déjà insuffisamment dépistées et suivies. L’accès direct en pharmacie risquerait de les isoler davantage. Et la consultation, « c’est aussi l’occasion d’informer sur les autres types de contraception, les infections sexuellement transmissibles », souligne le médecin généraliste.

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Un embryon de consultation

La situation a été prévue par les auteurs de la pétition. Pas question de remettre la pilule progestative à tour de bras. Au contraire, les femmes qui souhaitent en bénéficier devraient d’abord remplir un questionnaire précis. Celui-ci est adapté d’une version destinée aux prescripteurs. Par ailleurs, les pharmaciens s’engageront à évoquer ouvertement les autres formes de contraception.

« L’objectif est aussi qu’à partir de cette démarche, les femmes puissent prendre le temps de choisir la contraception qui leur convient le mieux », explique Véronique Sehier. Et l’information sur les IST ne sera pas omise, du moins sur le papier.

« Un professionnel de santé doit être en mesure de dire que la pilule n’en protège pas, poursuit la co-présidente du Planning Familial. Quand on parle d’un professionnel bien formé, c’est aussi parler des risques de la sexualité au-delà du risque de grossesse. » Sans pour autant en faire une condition sine qua non de délivrance. Mais les pratiques risquent d’être inégales en fonction des officines.

La question du prix

Comment inciter le pharmacien à prendre ce temps du dialogue, presque équivalent à celui d’une consultation ? La réponse n’est pas apportée par cette pétition. Par ailleurs, la première consultation contraception a été récemment revalorisée pour les médecins généralistes. Preuve de son rôle essentiel.

Reste une inconnue de taille, celle du prix. L’absence de prescription obligatoire signifie que la pilule progestative deviendra payante et que son coût pourra être fixé librement. Dans ces conditions, « il n’est pas sûr que l’accès sans prescription permette d’acheter le produit », alerte le Dr Lazimi. Cette limite, Véronique Sehier l’admet volontiers. « L’objectif serait qu’au moins les personnes mineures puissent l’avoir de manière gratuite, comme c’est le cas aujourd’hui avec une ordonnance », répond-elle.

En l’état, proposer une pilule sans ordonnance constitue plus une béquille qu’une solution pérenne. Car le nœud du problème réside dans l’accès à la contraception. Il ne pourra être amélioré que par la gratuité des consultations appropriées, et par une prise de rendez-vous rapide.

 

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