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QUESTION D'ACTU

Docétaxel : la chimiothérapie aurait tué 48 patients


  • Publié 29.03.2017 à 09h50
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  • Mise à jour le 29.03.2017 à 19h26
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Ils avaient tous un cancer du sein. Ils sont morts. Mais c’est leur chimiothérapie qui les a tuées. 48 patients seraient décédés après avoir reçu du docétaxel, révèle une enquête de pharmacovigilance diligentée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Dans le magazine Rose, les journalistes Claudine Proust et Céline Lis-Raoux reviennent sur le déroulé d’une « catastrophe annoncée ».

Le docétaxel est un traitement cytotoxique, une chimiothérapie, développée au milieu des années 1990 par le laboratoire Sanofi, et depuis génériquée. Le centre toulousain de pharmacovigilance qui a réalisé cette enquête a recensé tous les effets secondaires graves survenus depuis la commercialisation de la molécule, en 1996, dans toutes les indications du traitement. La molécule est principalement prescrite à des femmes atteintes d'un cancer du sein, mais pour certains cas de cancers du poumon, de la prostate, et des voies aéro-digestives supérieures.

Un bilan lourd, mais qui n’est pas si surprenant, si l’on en croit les journalistes de Rose Magazine. Claudine Proust et Céline Lis-Raoux soulignent que la toxicité grave du docétaxel a été signalée dès 2010. « En vain. Aujourd’hui, l’ANSM compte les morts. »

Elles racontent comment le docétaxel, qui faisait nettement baisser le risque de récidives, s’est imposé comme le standard dans les services d’oncologie. « En 2008, 9 millions de doses se vendaient dans le monde, précisent les journalistes. Pour cette seule molécule, Sanofi affichait plus de 2 milliards de chiffre d’affaires. »

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En 2010, alors que le brevet du produit appartient encore au laboratoire français, la présentation du médicament est modifiée. Une première augmentation des effets secondaires est constatée et signalée par des oncologues. La saisine de l’Agence européenne du médicament (EMA) n’aboutira pas à grand-chose, bien que l’autorité constate une « légère tendance à l’augmentation du taux de notifications des effets indésirables »… Mais c’est à partir de 2012, quand le médicament est génériqué, que les signalements augmentent encore.

En février dernier, le Figaro avait révélé le décès de six patientes, depuis le mois d’août 2016. Une information qui avait poussé l’ANSM à communiquer dans la journée, et à confirmer le décès de 5 de ces patientes, suite à l'administration de docétaxel. Interviewé par le quotidien, un « cancérologue reconnu » n’hésitait alors pas à remettre en cause le médicament générique, produit par l’Indien Accor, dont la concentration serait « variable », « beaucoup moins ou beaucoup plus importante que le princeps », estime le spécialiste, anonyme. Dans Rose Magazine, le Dr Alain Toledano parle, lui, « d’explosion des effets secondaires du docétaxel » après que le pharmacien de l’hôpital où il travaillait a décidé d’acheter non plus la molécule princeps, mais le générique.

Le directeur général de l’ANSM, Dominique Martin, cité dans Le Monde, assurait en février que les analyses réalisées depuis le début de l’enquête avaient « montré qu’il n’y aurait pas de problématique liée au fait que le générique serait différent du princeps, dans sa concentration ou autre chose. Il n’y a pas de différence, il est tout à fait dans les normes ».

Malgré les alertes transmises à l’ANSM par les médecins, rien n’est fait. A l’été 2016, après le décès d’une troisième patiente à l’institut Gustave Roussy, c’est la chef de service de pathologies mammaires, Suzette Delaloge, qui décide avec son équipe de « stopper net cette chimio ». C’est elle aussi qui alerte ses collègues. L’ ANSM ouvrira une enquête le 13 septembre, en toute discrétion.

Il aura fallu attendre le décès d’une nouvelle patiente, à l’institut Curie, en février dernier, et les révélations du Figaro, pour que l’ANSM, après un délai de 48 h, décide d’envoyer une lettre aux professionnels de santé pour leur conseiller de suspendre l’emploi du docétaxel. Le système de pharmacovigilance français donne, une fois de plus, l'impression d'avoir failli.

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