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QUESTION D'ACTU

La main : de la marche à la chasse

Aujourd'hui, elle sert à envoyer des textos. Il y a des millions d'années, elle nous servait à marcher à 4 pattes. La main a un parcours étonnant que nous retrace Alain Froment, médecin et anthropologue.

La main : de la marche à la chasse CLOSON DENIS/ISOPIX/SIPA

  • Publié 07.08.2013 à 23h30
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Elle touche, elle caresse, elle saisit, elle façonne, elle écrit, elle communique… la main est vraiment l’organe à tout faire. Même chez les plus maladroits d’entre nous, elle sert aussi bien à mener des activités dites « manuelles »  qu’intellectuelles. En effet, elle est un outil hors pair pour les bricoleurs de génie mais aussi pour les grands orateurs ou encore les malentendants qui ont recours à la langue des signes. Dotée de 27 os, mais aussi de nombreux de tendons et de muscles, les mains sont peu protégées et souffrent donc souvent de micro-traumatismes. Tendinites, arthrite, mais aussi angelures, panaris, les mains en voient de toutes les couleurs. Exposées à toutes sortes de contacts, la peau des mains abrite de nombreuses bactéries. Or, selon une étude américaine récente, 95% des gens ne se lavent pas les mains correctement !


Entretien avec le Dr Alain Froment, médecin, anthropologue et directeur de collections d’anthropologie au musée de l’Homme. Il vient de publier aux éditions Odile Jacob « Anatomie impertinente – le corps humain et l’évolution » (1).


Pourquoi Docteur : Dans votre livre, vous écrivez que la forme de la main n’a pas bougé depuis 60 millions d’années. Pourtant, on ne l’utilise pas de la même manière. C’est étonnant, non ?

 Dr Alain Froment : Oui, c’est assez étonnant, mais cela montre combien en fait notre corps marque l’héritage de l’évolution de tous nos ancêtres. Les 1ers poissons qui ont voulu, sous la contrainte de l’évolution, ou pu sortir de l’eau, avaient déjà des nageoires qui s’ossifiaient. Et quand ils sont sortis de l’eau en s’appuyant sur ces nageoires, on a vu apparaître des structures qui sont les mêmes que les nôtres : un humérus, un avant-bras avec 2 os, et puis une main, qui, au début, avait plusieurs doigts. Assez vite, c’est devenu 5 doigts. Et si vous regardez dans tout le règne animal, par exemple un lézard : un lézard a 5 doigts, comme nous. Il y a simplement certains animaux qui ont perdu des doigts. Par exemple le cheval, qui court sur son majeur, il a simplement des vestiges des autres doigts. Mais si vous regardez l’embryon du cheval, vous verrez que sa patte a bel et bien 5 doigts.


Donc même le fait qu’on ne se soit plus servi de ses mains pour marcher, n’a pas changé la forme de nos mains ?

Dr Alain Froment : Tous les mammifères ont 5 doigts – on a aussi 5 doigts au pied. Ce qui fait l’humanité, c’est le fait que nous ayons une finesse extrême pour saisir les choses. Mais ce n’est pas spécifique de l’homme, même l’opposabilité du pouce n’est pas spécifique de l’homme. C’est la spécificité de tous les primates qui sont grimpeurs et qui attrapent des branches.


« Avoir un poil dans la main »

Avoir un poil, voire un baobab, dans la main signifie être paresseux. Cette expression imagée sous-entend qu’à force de se tourner les pouces, certains ont des poils qui se mettent à pousser dans la paume de la main. Ce qui est physiologiquement impossible. Non seulement, aucun poil ne pousse mais, en plus, la peau à cet endroit ne bronze pas. « Certains disent que c’est pour conserver un signal visuel associé au langage des mains, indique le Dr Froment, mais dans la mesure où la même pâleur s’observe sur les paumes des pieds, on peut en douter. »

 



Pourtant, on dit que l’homme, l’une de ses spécificités, c’est de faire des outils ? C’est vrai ?

Dr Alain Froment : C’est surtout le cerveau. C’est lui qui commande à la main. En fait le singe, le chimpanzé, fabrique aussi des outils. Simplement, il les oublie. Il peut casser une branche, s’en servir, il peut saisir une pierre, et puis écraser des noix, etc. Mais il n’a pas l’inventivité que nous, nous avons. Donc, ce qui s’est joué, chez l’homme, c’est plus la faculté cérébrale que véritablement la souplesse de la main.


On utilise aujourd’hui la main avec les smartphones. Est-ce que cette utilisation de la main et du pouce peut changer quelque chose à la « physionomie » de notre main future ?

Dr Alain Froment : Pas du tout. En fait, c’est justement parce qu’on a une main qui est souple, qu’on peut l’utiliser de différentes manières. Donc avant, on utilisait plus peut-être l’index, par exemple, pour taper à la machine, etc. Avec les smartphones, on voit que ce sont les pouces. Et si vous regardez par exemple les enfants japonais, maintenant, pour appuyer sur une sonnette, alors que nous, nous utiliserions l’index, eux vont utiliser le pouce parce qu’ils privilégient ce doigt-là. Mais peut-être que dans 10 ou 20 ans, ce sera encore autre chose.



(1) « Anatomie impertinente – le corps humain et l’évolution » Ed. Odile Jacob, 281 p. 25,90 €

 

Demain, « Le sexe, toujours caché », avec le Dr Alain Froment.



 

 

 

 

 

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