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QUESTION D'ACTU

Du bon usage de la chirurgie esthétique : les réponses du Pr Armand Paranque

Le marché de la médecine esthétique connaît une progression à deux chiffres dans la plupart des pays riches. Dans cette course à l'anti-âge, la France arrive au 9e rang.

Du bon usage de la chirurgie esthétique : les réponses du Pr Armand Paranque BANOS/TPH/SIPA

  • Publié 06.02.2014 à 09h20
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C’est désormais la règle, à partir d’un certain âge, la propriétaire d’un beau visage est immédiatement suspectée d’être une « accro » des blocs opératoires, élégamment qualifiée de « refaite ». Un phénomène qui touche désormais largement les deux sexes. Qu’en est-il en réalité, c’est ce que nous allons découvrir avec

Les réponses avec le Pr Armand Paranque, chirurgien esthétique à Paris

pourquoidocteur : Vous essayez de rendre l’humanité moins laide. Apportez-vous du bonheur, en général, ou le bistouri reste-t-il un peu illusoire ?
Pr Armand Paranque : Le bistouri n’est pas du tout illusoire, du moment que l’indication est raisonnable, qu’elle est posée chez quelqu’un d’équilibré. Oui, le but est d’apporter du bonheur et de permettre à nos patients de retrouver un équilibre.

Vieillit-on toujours mal ?

Pr Armand Paranque : Non, on ne vieillit pas toujours mal, nous sommes très inégaux. Ceci étant, sur un visage, on a trois phénomènes essentiels. D’abord, l’état de surface de la peau qui se détériore avec l’apparition de rides. Les rides ne sont pas forcément mal vécues, et de manière très objective, ce n’est pas forcément laid ou désagréable à regarder. En revanche, il y a deux phénomènes qui sont systématiquement mal vécus et déprimants pour nos patients et nos patientes : la perte des volumes au niveau du visage et la chute des tissus, les ptôses avec l’apparition des bajoues.

Comment choisit-on son chirurgien ?
Pr Armand Paranque : Il faut se renseigner sur les diplômes du chirurgien, sur son cursus – c’est absolument essentiel –, il y a en particulier le site de la Société française de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique qui fait référence.

Proposez-vous toujours une simulation par ordinateur avant l’intervention ?

Pr Armand Paranque : Non. La simulation par ordinateur est un très bon moyen marketing pour convaincre un patient ou une patiente de se faire opérer. Sur un ordinateur, on peut dessiner tout ce que l’on veut. En revanche, sur le tissu vivant, on a des réactions très personnelles d’un individu à l’autre, et donc on ne peut pas garantir le résultat.

Faites-vous un devis ?

Pr Armand Paranque : Oui, systématiquement, la loi nous l’impose. C’est obligatoire et le patient peut mettre deux praticiens en concurrence. Ce n’est pas parce que c’est plus cher que c’est mieux, quoiqu’il soit logique que les meilleurs ne soient pas bon marché. En fait, cela dépend de la logique du patient. Il est hors de question de décourager celui qui a besoin d’aller voir plusieurs chirurgiens. Il faut absolument qu’il fasse le tour de la place.

Commençons par les paupières du haut, ce que l’on appelle la « casquette qui tombe sur les cils ». Que proposez-vous ?

Pr Armand Paranque : Petit à petit, le vieillissement fait que la paupière supérieure devient plus lourde ; il y a un excédent de peau qui se forme qui peut ensuite alourdir le regard et empêcher la patiente de se maquiller, voire même recouvrir les cils. A ce moment-là, on propose une palpébroplastie supérieure. Il s’agit d’une intervention légère, qui peut se réaliser sous anesthésie locale, et qui consiste à enlever cet excédent de peau qui vient alourdir le regard. L’intervention dure environ 45 minutes. Cela marche très bien, c’est très fiable et ça coûte, en fonction du mode d’anesthésie choisi, entre 2 et 3 000 euros pour les deux yeux.

Ensuite, les poches  sous les yeux. Pourquoi a-t-on des poches ?

Pr Armand Paranque : Cela vient avec le temps. Certains patients ont des poches très jeunes, vers 17-18 ans. Elles peuvent parfois provenir d’un problème respiratoire de ventilation nasale qui entraîne un mauvais drainage lymphatique. Mais sinon, c’est simplement le vieillissement qui est en cause. Nous avons deux techniques essentielles pour y remédier. Soit il existe un excédent de peau et on est alors obligé de faire une petite incision au ras des cils sur la peau. Soit les poches sont totalement isolées, sans excédent cutané, et on peut à ce moment-là passer par l’intérieur, par la conjonctive. C’est une voie qui permet de ne toucher que les poches, sous anesthésie locale. En fonction de l’angoisse de nos patients, cela peut très facilement être réalisé sous anesthésie générale et coûte entre 2 200 et 3 200 euros.

Que peut-on faire sur les sourcils ?

Pr Armand Paranque : Petit à petit, la queue du sourcil a tendance à tomber. Ce qui peut, par ailleurs, alourdir la paupière supérieure. Donc, on propose souvent des gestes combinés avec une palpébroplastie supérieure et un petit lifting de la queue du sourcil qui consiste à la remonter légèrement. Je pense que l’esthétique est vraiment une affaire de détails ; il suffit parfois de relever la queue d’un sourcil de 2 millimètres pour changer un regard, pour le rendre lumineux et le transformer complètement. En fonction, là encore, du mode d’anesthésie, il faut compter entre 2 800 et 4 600 euros.

Très à la mode, la chirurgie des pommettes fait de plus en plus d’adeptes ?

Pr Armand Paranque : Il y a quelques années encore, on faisait un lifting, on tendait, on remettait les tissus en tension, mais on ne s’occupait pas tellement des volumes. La prise de conscience du traitement impératif des volumes dans le mécanisme du vieillissement nous a permis de nous intéresser à la région de la pommette. Un visage qui vieillit, de façon schématique, a une poche sur la paupière inférieure, un creux du cerne qui se marque de plus en plus, et qui peut se prolonger vers le bas par ce que l’on appelle la « vallée des larmes », une espère de gouttière qui vient barrer la pommette en deux. Le traitement le plus léger sur le plan chirurgical, c’est de traiter la poche sous les yeux, et ensuite de rajouter des volumes avec de la graisse. Cela s’appelle le lipofilling, au niveau de la pommette et de la vallée des larmes, et pour que ce soit vraiment naturel, on demande fréquemment des photos du patient plus jeune. L’idée, c’est que le patient se retrouve rajeuni, surtout pas de le transformer et de lui ajouter des pommettes qu’il n’a jamais eues. L’opération coûte environ entre 2 500 et 4 000 euros.

Vous prenez de la graisse sur le corps pour la mettre dans des endroits du visage ?

Pr Armand Paranque : Exactement, on peut en mettre dans les sillons autour du nez qui se creusent avec le temps. On peut en mettre au niveau des pommettes, effectivement, dans la fameuse vallée des larmes. Cela vient donner du volume, rendre à nouveau une certaine plénitude aux tissus. On fait tout pour que ce résultat soit définitif mais on ne peut pas le garantir ; c’est une autogreffe et elle peut se résorber partiellement.

A qui s’adresse le grand lifting, l’intervention au cours de laquelle vous décollez toute la peau du visage ?

Pr Armand Paranque  Le grand lifting cervico-facial est réalisé classiquement chez une patiente de 60-65 ans qui n’a jamais rien fait de sa vie sur le plan esthétique. Et à ce moment-là, effectivement, on fait des incisions assez longues parce qu’on se retrouve avec un excédent de peau assez important. Il est absolument essentiel, outre le fait de bien positionner les cicatrices, de remettre les muscles en position.
Ce sont les fondations du lifting, c'est-à-dire qu’il est hors de question de ne traiter que le relâchement cutané, sinon on va avoir des cicatrices larges, de mauvaise qualité, et une récidive précoce. C’est une intervention un peu plus importante que les autres, et les tendances de ces dernières années vont dans le sens de la diminution de fréquence de ces interventions. Parce que l’idée est de traiter plus tôt, plus jeune.
Maintenant, on a énormément d’ingrédients pour traiter un vieillissement de manière naturelle avec un petit peu de volume et un peu de remise en tension. Si on harmonise tout cela, les résultats sont très naturels. Le grand lifting coûte, en fonction du chirurgien, entre 6 000 et 12 000 euros.

Pouvez-vous faire quelque chose pour le double-menton ?

Pr Armand Paranque : Si la patiente est jeune et qu’elle a une peau élastique, on peut réaliser une lipoaspiration qui peut se faire sous anesthésie locale sans aucun problème. Il est aussi conseillé de perdre du poids avant l’intervention. De toute façon, même avant un lifting, dès qu’on doit toucher un visage, on demande à nos patients s’ils ont leur poids de forme. S’ils nous disent : « non, je dois perdre 15 kilos dans les mois ou les années qui viennent », on conseille de les perdre d’abord, puis on refait le point.

Intervenez-vous dans le cadre de la chirurgie post-amaigrissement ?

Pr Armand Paranque : Tout à fait. Dans ce cas, il existe un excédent cutané plus ou moins important, au niveau du cou notamment. On propose donc un lifting. On va remettre les tissus en tension, décoller et supprimer cet excédent cutané. C’est une chirurgie moins lourde qu’au niveau du corps, l’objectif étant d’enlever un petit morceau de peau et de recoudre dans un pli pour que cela ne se voit pas.

Au bout de combien de temps est-on regardable ?

Pr Armand Paranque : Cela dépend des interventions. Schématiquement, pour des paupières, c’est à peu près huit jours. Pour un lifting cervico-facial, une quinzaine de jours en moyenne.

Intervenez-vous sur les rides du front ou laissez-vous cela à la médecine ?

Pr Armand Paranque : On lit énormément dans les magazines : « la médecine esthétique et les injections sont les nouveaux liftings », « il n’y a plus de lifting chirurgical ». C’est absolument faux. C’est totalement synergique, très complémentaire. Pour le front, effectivement, le Botox a supprimé beaucoup d’indications de liftings chirurgicaux. Il reste tout de même quelques indications, en particulier la mauvaise position des sourcils, les visages à féminiser – cela peut arriver aussi –, et les patients qui veulent un résultat très durable et éviter les injections de Botox tous les six mois.

Est-ce qu’il arrive que vous fassiez des miracles, que vous transformiez le laid en beau ?

Pr Armand Paranque : C’est un métier où il faut rester très humble. Ceci étant, on est un petit peu là pour cela. On ne peut pas faire n’importe quoi avec n’importe quel visage, mais c’est effectivement le but.

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