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8000 enfants suivis pendant 40 ans

Les enfants harcelés à l'école ont encore des séquelles à 50 ans

Dépression, troubles anxieux et idées suicidaires, la santé mentale des personnes victimes de harcèlement à l’école est affectée jusqu’à l’âge adulte, alertent des psychiatres britanniques.

Les enfants harcelés à l'école ont encore des séquelles à 50 ans SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA




« Il faut absolument arrêter de croire que le harcèlement est un passage inévitable pour devenir grand. Les enseignants, les parents et les législateurs doivent avoir conscience que ce qui se passe dans la cour de l’école peut avoir des répercussions à long terme pour ces enfants », affirme le Pr Louise Arseneault, psychiatre et chercheur au King’s College à Londres.

 

Son équipe publie dans l’American Journal of Psychiatry une très large étude démontrant en effet que les séquelles psychiques du harcèlement subi à l’école sont encore vives plusieurs dizaines d’années après. A 50 ans, ces personnes ont non seulement un niveau de stress plus élevé que celles qui n’ont pas été les souffre-douleurs de leurs camarades de classe mais leurs risques de dépression, de troubles anxieux et de pensées suicidaires sont également doublés. Pour parvenir à ces chiffres, les chercheurs ont utilisé une cohorte recensant tous les enfants nés au Royaume-Uni pendant la même semaine en 1958. Parmi eux, 7771 enfants exposés occasionnellement ou fréquemment au harcèlement entre l’âge de 7 et 11 ans ont été suivis jusqu’à leurs 50 ans.

 

Un véritable traumatisme psychique pour l’enfant

« Ce type de séquelles persistantes a déjà été démontré pour les victimes de maltraitance. Il n’est pas surprenant de parvenir aux mêmes observations pour le harcèlement scolaire », estime le Pr Louis Jehel, chef du service de psychiatrie du CHU de Martinique. Pour ce spécialiste en psycho-traumatologie, les situations récurrentes de harcèlement à l’école constituent un véritable traumatisme psychique, dont les conséquences peuvent s’apparenter au syndrome de stress post-traumatique que vivent les victimes de viol, d’attentat ou de guerre par exemple.

 

Ecoutez le Pr Louis Jehel, chef du service de psychiatrie du CHU de Martinique : « La répétition des humiliations et du sentiment de blessure psychique provoque des symptômes comme la persistance de flash-backs et un état de qui-vive permanent. »

 

Même le harcèlement occasionnel maintient l’enfant dans un climat angoissant d’anticipation de la prochaine brimade, ce qui favorise les troubles anxieux.

 

Des conséquences jusque dans les gènes

Ce climat oppressant et ce stress intense subis parfois pendant plusieurs années par les enfants victimes de leurs « camarades » de classe pourrait même avoir un effet sur leurs gènes. C’est ce qu’on appelle l’épigénétique, la modulation de l’expression des gènes sous l’influence de facteurs environnementaux. Elle pourrait expliquer la persistance des séquelles pendant plusieurs décennies.      

 

Ecoutez le Pr Louis Jehel, chef du service de psychiatrie du CHU de Martinique : « Ce stress précoce de l’enfance pourrait contribuer à moduler l’expression des gènes de vulnérabilité à la dépression ou aux troubles anxieux. Du fait de l’environnement, la vulnérabilité deviendrait acquise »

 

L'école doit apprendre à repérer les enfants harcelés

Il semble que la gravité des conséquences observées à l’âge adulte soit en proportion avec la souffrance restée sans réponse pendant l’enfance. « On observe les conséquences les plus importantes chez les enfants qui ont tu leur harcèlement ou qui ont peu bénéficié du support familial et éducatif qui aurait pu les aider à développer des stratégies de lutte contre l’adversité. Cela semble particulièrement déterminant chez les garçons », souligne le spécialiste. L’humiliation répétée du harcèlement amène souvent l’enfant à se persuader qu’il est lui-même le problème et à basculer dans une forme d’acceptation de cette situation qu’il évoque rarement à l’extérieur de l’école, avec ses parents notamment. « L’enjeu du repérage de ces situations se situe donc avant tout à l’école. Les enseignants et les personnels encadrants des établissements scolaires ont un rôle essentiel à jouer pour identifier ces situations, les faire cesser et orienter les enfants victimes pour qu’ils puissent être aidés », insiste le psychiatre.

 

Ecoutez le Pr Louis Jehel, chef du service de psychiatrie du CHU de Martinique : « Les élèves doivent être sensibilisés à la gravité du harcèlement pour pouvoir eux-mêmes repérer les enfants victimes et en parler à des adultes référents identifiés. »

 

Dire sa souffrance à un médecin est nécessaire

Lorsqu’une situation de harcèlement est repérée ou révélée après coup, il est important que l’enfant puisse dire sa souffrance à un professionnel de santé, son médecin généraliste dans un premier temps puis un psychiatre si nécessaire. Plus la prise en charge est précoce et plus elle sera bénéfique et rapide. « Mais il n’est jamais trop tard pour traiter la souffrance de quelqu’un. Il est toujours temps de limiter les conséquences à l’âge adulte », souligne le spécialiste à l’attention des ex-enfants harcelés devenus grands. « Il faudrait que soient identifiés dans toutes les régions des lieux de soins spécialisés en psycho-traumatologie. Ce n’est pas encore le cas partout et le harcèlement à l’école est rarement considéré comme un « motif suffisant » pour ce type de consultation, où sont plutôt reçus les enfants maltraités ou victimes d’agression sexuelle », regrette Louis Jehel, pour qui cette étude doit vraiment contribuer à accélérer la prise de conscience actuelle de l’Education nationale sur le harcèlement scolaire.

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