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Etude Séralini

Les OGM « empoisonnent » les chercheurs

Douze ans après les premières mises en culture de maïs OGM, les instances scientifiques réclament de nouvelles études tout en réfutant unanimement les conclusions de l'étude de Gilles-Eric Séralini sur leur toxicité.

Les OGM « empoisonnent » les chercheurs CABALLEROS/SIPA




« Conclusions non étayées », « interprétations spéculatives des résultats ». Dans leurs deux avis rendus hier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation et de l’environnement (Anses) et le Haut conseil des biotechnologies ont réfuté les conclusions de l’étude menée par Gilles-Eric Seralini et son équipe sur la toxicité chez le rat du maïs OGM NK603. Vendredi, fait rarissime, les 6 Académies scientifiques françaises étaient montées ensemble au créneau pour démonter point par point cette étude qualifiée de non-événement scientifique.
L’Anses reste beaucoup plus mesurée et reconnaît certains mérites à l’étude du Pr Seralini. « Au delà des critiques méthodologiques, l’originalité de cette étude est d’ouvrir le débat sur un sujet jusqu’ici peu documenté, celui de la toxicité à long terme des OGM associés aux pesticides », a souligné Marc Mortureux, le directeur général de l’Anses en présentant l’avis à la presse. L’Agence recommande donc d’engager des études sur cette toxicité à long terme, se portant même volontaire pour contribuer à l’élaboration de leurs protocoles. Le Haut comité des biotechnologies se veut quant à lui pédagogue en demandant qu'une « étude de long terme, indépendante et contradictoire soit entreprise sous l'égide des pouvoirs publics » pour « rassurer l'opinion publique qui ne sait plus qui et quoi croire ».

Le maïs NK603 est pourtant cultivé aux Etats-Unis, au Canada ou au Brésil par exemple depuis 2000 et autorisé à la consommation humaine mais pas à la culture dans l’Union Européenne depuis 2005. Pourquoi a-t-il fallu attendre la publication de photos chocs de rats aux tumeurs énormes pour que les autorités sanitaires réclament des études à long terme ?

Les agences en charge de l’évaluation des risques sanitaires, l’Anses pour les produits alimentaires, ne réalisent pas d‘études elles-mêmes. L’Anses utilise pour rendre ses avis les études fournies par les industriels lorsqu’ils demandent l’homologation d’un produit et celles plus rares issues de la recherche publique.

Ecoutez Jean-Pierre Cravedi, toxicologue à l’Institut national de recherche agronomique à Toulouse et président du groupe d’expertise collective d’urgence réuni par l’Anses sur le maïs NK603 : « Nous n’avons pas attendu le battage médiatique pour nous pencher sur les OGM mais les priorités scientifiques ne sont pas là »  


L’Anses préconise dans son avis de mobiliser des financements publics nationaux ou européens pour réaliser de ce type d’études indépendantes. A l’image du National Toxicology Program américain dont le budget annuel est de 120 millions de dollars. Mais en France, un appel à projet lancé en 2005 par l’Agence nationale de recherche sur la thématique des OGM a été interrompu faute de chercheurs candidats en 2007.
Si les équipes de recherche ne se bousculent pas même lorsqu’il y a des financements publics à la clé, c’est que pour bon nombre de toxicologues, la formation de tumeurs après une exposition, même à long terme, à une plante OGM ne repose sur aucun fondement biologique. L’hypothèse selon laquelle la protéine produite par la plante OGM serait la cause d'une perturbation endocrinienne, comme peut le faire le bisphénol A par exemple, ne semble pas convaincre les spécialistes. Il est d’ailleurs reproché à l’étude du Pr Seralini de ne pas apporter d’hypothèse probante concernant le mécanisme de formation des tumeurs observées.


Ecoutez Jean-Pierre Cravedi : « Conclure sans avoir d’hypothèse d’explication, ce n’est pas un article scientifique »



La réticence des chercheurs scientifiques à s’intéresser aux OGM n’est pas seulement scientifique. Le directeur de l’Inra François Houllier, confiait le 5 octobre dernier au Nouvel Observateur que « la question des OGM est un sujet sur lequel il est périlleux de travailler en France », rappelant qu’une vigne OGM sur laquelle travaillait ses équipes avait été détruite à 2 reprises par des faucheurs à Colmar. Pas sûr dans ces conditions que les équipes de recherche se bousculent pour mener « la grande étude » attendue par les pouvoirs publics.

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